Itinérance chez les personnes autochtones | Projets Autochtones du Québec réclame un financement pérenne

Confronté à un déficit budgétaire, Projets Autochtones du Québec (PAQ) ne réduira pas ses services, du moins pour l’instant. Alors qu’il menaçait lundi matin d’arrêter ses services de jour sans un financement de 900 000 $, le seul organisme offrant des refuges d’urgence réservés aux personnes autochtones à Montréal a reçu les garanties nécessaires pour maintenir ses activités.
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Quelques instants avant le début de son entrevue avec La Presse, la directrice générale de Projets Autochtones du Québec, Stacy Boucher-Anthony, a reçu la promesse que de l’argent allait, au minimum, permettre aux refuges d’offrir l’ensemble de leurs services jusqu’au 31 mars prochain.
Selon ses dires, 750 000 dollars devraient être injectés, par l’entremise du Secrétariat aux relations avec les Premières Nations et les Inuits et de Santé Québec. La Ville de Montréal pourrait potentiellement, elle aussi, verser 430 000 dollars supplémentaires.
Mme Boucher-Anthony ne sait cependant pas si cette entrée d’argent serait prolongée pour de nombreuses années.
Si la directrice générale s’est dite « soulagée » de voir un investissement d’urgence, permettant l’ouverture des refuges le jour, elle n’est cependant pas dupe. Sans investissements récurrents à long terme, ce répit ne fera que repousser l’échéance.
« Rien ne nous dit qu’il s’agit d’autre chose que d’un pansement temporaire », prévient-elle, rappelant que l’organisme a dû composer avec d’importantes coupes financières. « On a des fonds du gouvernement fédéral qui, cette année, ont été coupés », explique-t-elle. Un soutien financier de 300 000 dollars par année pour cinq ans a été retiré à l’organisme.
Un arrêt de ses services pourrait avoir d’importantes répercussions sur la communauté et le réseau de la santé à Montréal, souligne-t-elle.
Sauver des vies
Larry Condo était au plus bas, lorsqu’il a été pris en charge par l’organisme, il y a un peu moins d’un an.
PHOTO ALAIN ROBERGE, LA PRESSE
Larry Condo
Le 10 septembre 2025, l’ancien pêcheur a perdu sa femme après un long combat contre un cancer des os.
« Après son départ, plus rien n’allait », explique l’homme, partiellement paralysé des suites d’un anévrisme au cerveau subi il y a quelques années. Il est resté seul dans l’appartement, pendant un mois avant d’être aidé par les ressources offertes par le PAQ.
Je la voyais partout, j’ai pleuré chaque jour et je n’étais pas capable de sortir de chez moi
C’est à ce moment qu’il a décidé de se prendre en main. « J’ai demandé à un refuge de m’aider à sortir de cet appartement, je devais m’en aller ».
Depuis, Larry Condo a passé quelques semaines dans les refuges de l’organisme, avant de s’installer temporairement à la Maison Annagiarvik, des logements de transition à long terme.
Au moment de notre rencontre, M. Condo nous a confié qu’il allait mieux. Sobre depuis 10 ans et demi, son arrivée dans l’habitation qui accueille des individus qui travaillent sur leur dépendance à l’alcool lui a permis d’arrêter de fumer.
C’est le décès d’un cochambreur, lié à la consommation de la cigarette qui lui a fait réaliser qu’il valait peut-être mieux arrêter, après 43 ans de dépendance. « Je voyais [avant sa mort] qu’il avait de la misère à monter les escaliers. Quand j’ai vu que j’avais le souffle plus court moi aussi, j’ai directement décidé d’arrêter de fumer », raconte l’homme.
Sans les efforts nécessaires mis par Projets Autochtones du Québec, pour lui venir en aide, il ne sait cependant pas ce qui serait advenu de sa santé.
Ces refuges qui ont sauvé la vie de M. Condo risquent aujourd’hui, faute de financement, de ne plus être en mesure de donner une chance de s’en sortir à des personnes qui en ont besoin, craint la directrice générale du PAQ.
PHOTO ALAIN ROBERGE, LA PRESSE
Larry Condo
Urgence
L’an dernier, plus de 600 personnes en situation d’itinérance ont été accompagnées par l’organisme.
Selon le PAQ, les personnes autochtones représentent 13 % de la population itinérante dans la métropole, même si elle ne compte que pour 2,1 % de la population québécoise.
Dans ce contexte, la directrice générale appelle à ce que la crise de l’itinérance qui touche la province soit priorisée et qu’un plan financier prévisible soit établi.
« Je demande que des orientations claires soient prises. Est-ce que le gouvernement veut que l’on soit ouvert 24/7 ? On veut alors être financé pour du 24/7 », martèle Mme Boucher-Anthony, épuisée. « Ce n’est pas normal de ne pas savoir en plein milieu de l’année si on va avoir assez d’argent pour continuer nos services. Il faut que nos lettres de confirmation de financement rentrent plus tôt », ajoute-t-elle.
Alors que la campagne électorale bat son plein, tous les partis se sont engagés à investir dans la lutte contre l’itinérance. Un sommet sur la question en 2027 est promis par l’ensemble des formations politiques.
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