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Wednesday, October 28, 2026

Une lettre bourrée de fautes destinée à une prestataire de l’aide sociale

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Le ministère de l’Emploi et de la Solidarité sociale a fait parvenir une lettre à une personne assistée sociale qui contenait un nombre important d'erreurs d’orthographe et de syntaxe dans une seule et même phrase.

La lettre, dont Radio-Canada a obtenu copie, est un avis de décision daté du 21 août 2026. La majeure partie du texte ne comporte aucune erreur apparente, mais les choses se corsent dans la section renseignements supplémentaires.

On peut y lire commité de medicin n'a pas accordé contrente à la santer pour rapport medical de 2juin2026.

Cette phrase vise à expliquer au destinataire de la lettre que la contrainte de santé invoquée dans le rapport d'évaluation médicale qu’il a soumis n'a pas été reconnue.

La phrase « commité de medicin n'a pas accordé contrente à la santer pour rapport medical de 2juin2026 ».

La phrase « commité de medicin n'a pas accordé contrente à la santer pour rapport medical de 2juin2026 » se retrouve dans une communication du ministère de l'Emploi.

Photo : Radio-Canada / Katy Larouche

On y trouve notamment une faute dans le mot santer. Selon une liste orthographique du ministère de l’Éducation, le mot santé fait partie du cursus enseigné aux élèves de la 3e année du primaire.

Des erreurs qui se répètent

L’organisme l’Action plus, qui œuvre auprès des personnes assistées sociales à Sherbrooke, affirme qu’il n’est pas rare de voir des fautes se glisser dans les communications du ministère de l’Emploi et de la Solidarité sociale.

On a vu des fautes de français comme le mot "refusé" écrit avec la terminaison "er". Le mot "médecins" sans accent, des "septembre" sans le "t", décrit la directrice, Geneviève Bouchard.

Geneviève pose pour la photo.

Geneviève Bouchard est la directrice de l'Action plus de l'Estrie.

Photo : Radio-Canada / Katy Larouche

Cela dit, l’addition du nombre d’erreurs dans la lettre qui a été remise à Radio-Canada dépasse tout ce que Geneviève Bouchard a vu jusqu’à maintenant.

Ce n'est pas acceptable d'avoir des fautes de français dans des courriers gouvernementaux. [... ] On est un peu estomaqués de tout ça.

Elle est d’autant plus surprise que ces erreurs se répètent pour nommer un concept courant à l’aide sociale, soit les contraintes de santé, qui sont évaluées au quotidien par ce ministère afin de déterminer le montant de prestation à accorder.

Un devoir d’exemplarité

Pour la professeure de linguistique à l’Université TÉLUQ Mireille Elchacar, la présence d’autant d’erreurs est préoccupante.

Personne n'est à l'abri de faire une faute d'orthographe. Le code orthographique du français est vraiment très complexe, donc on peut oublier un "s" de temps en temps. Ici, le problème est vraiment plus grave, c'est-à-dire qu'il y a suffisamment de fautes pour affecter la compréhension, déplore-t-elle.

Mireille Elchacar regarde une feuille de papier.

La professeure de linguistique à l'Université TELUQ Mireille Elchacar est surprise de constater autant d'erreurs dans une lettre gouvernementale.

Photo : Radio-Canada / Katy Larouche

Comment expliquer autant de fautes dans une seule phrase? C'est un peu incompréhensible, affirme-t-elle.

C'est sûr que des personnes ne se sont pas relues, ce qui serait à la base, surtout quand on sait qu'on a beaucoup d'outils qui peuvent nous aider dans la rédaction française, souligne-t-elle.

On est face non pas à une communication sans conséquence sur les réseaux sociaux, entre amis. On est dans une situation officielle de communication où l'État a un enjeu d'exemplarité, donc de ne pas faire de fautes et d'avoir une communication très, très claire.

Selon Mireille Elchacar, le fait que ces lettres soient destinées à des personnes assistées sociales est d’autant plus inquiétant.

On a des personnes qui n'ont peut-être pas les outils pour être capables de comprendre. On a un vocabulaire qui est déjà bureaucratique, qui est peut-être déjà à la base plus difficile à comprendre qu'une conversation courante. Donc, quand on ajoute à ça des fautes d'orthographe et des problèmes de syntaxe, la compréhension est grandement affectée, explique Mireille Elchacar.

Une population vulnérable

Geneviève Bouchard de l’Action plus croit aussi qu’il n’est pas banal de commettre tant d’erreurs de français dans des communications destinées à des personnes souvent vulnérables.

Il faut que les choses soient simples parce qu'on sait qu'il y a des gens pour qui le français n’est pas la première langue. Certains sont des analphabètes fonctionnels, dit-elle.

Geneviève et Anouk regardent un dossier.

Plus de 2000 personnes par année bénéficient du soutien de l’Action plus dans leurs démarches en lien avec l'aide sociale.

Photo : Radio-Canada / Katy Larouche

Elle souligne que les avis de décision rendue par le ministère de l’Emploi ont des répercussions considérables sur la vie des personnes à qui ils sont adressés. Dans certains cas, cela peut impliquer qu’une personne se retrouve sans domicile, faute de recevoir les prestations qui lui permettent de payer son loyer.

On voit des gens qui arrivent avec leurs lettres, qui ne sont même pas ouvertes. Ils veulent que ce soit nous qui les ouvrions, parce que c'est tellement émotif, explique Geneviève Bouchard.

Une boîte de mouchoirs et des balles antistress sur un bureau.

Des balles antistress et des mouchoirs sont à la disposition des usagers de l’organisme pour qui la détermination des prestations constitue une importante source d’inquiétude.

Photo : Radio-Canada / Katy Larouche

Parfois, c'est un refus parce que les documents n’ont pas été transmis au bon moment, parfois les contraintes de santé ne sont pas reconnues. C'est beaucoup de stress, beaucoup d'anxiété pour les gens, souligne-t-elle.

Elle admet néanmoins que le ministère a amélioré globalement sa façon de s’adresser aux prestataires au cours des dernières années en utilisant un langage plus neutre et moins culpabilisant lors de l’annonce d’un refus d’accorder des prestations ou de reconnaître une contrainte de santé.

Le ministère présente ses excuses

Le ministère de l’Emploi et de la Solidarité sociale reconnaît son erreur dans la rédaction de cette lettre.

Le Ministère s’excuse pour la situation portée à son attention et regrette qu’elle ait pu se produire. Il est essentiel que toutes les communications soient écrites dans un français irréprochable.

Le ministère de l’Emploi affirme que des mesures sont mises en place afin d’éviter qu’une telle situation ne se reproduise.

Un rappel à l’ordre a été fait auprès des gestionnaires et des équipes afin de réitérer l’importance de la qualité du français dans le travail au quotidien et de recourir aux outils d’aide à la rédaction mis à la disposition.

Le ministère indique également que les mécanismes en place pour vérifier la qualité des communications dans les avis de décision font l’objet d’améliorations en continu.

Des agents attitrés au dossier

Pour la directrice de l’organisme l’Action plus de l’Estrie, le retour d'agents administratifs attitrés au dossier des personnes prestataires de l’aide sociale pourrait aussi contribuer à réduire les erreurs qu’on peut retrouver dans les communications écrites.

Depuis 2024, elle remarque que les avis de décision ne sont plus signés par des agents.

Étant donné qu'il n'y a plus de signature dans les lettres, les agents sont impunis. [Avant], si j'avais une lettre, puis qu'il y avait une erreur d'une agente, je pouvais l’appeler directement et lui dire "Écoute, il y a eu une erreur, là", explique-t-elle.

Aujourd'hui, ça peut être vraiment laborieux pour des gens qui sont sur l'aide sociale. Ils se retrouvent livrés à eux-mêmes.

Geneviève Bouchard espère que le nouveau gouvernement réintégrera des agents attitrés au dossier afin d’offrir un meilleur accompagnement à ces personnes vulnérables.

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