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Thursday, October 15, 2026

Pertes d’emplois chez GSK : de Genval à la planète entière, l’épopée belge d’un géant pharmaceutique

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C’est l’histoire de trois lettres : GSK. Abréviation de GlaxoSmithKline. Poids lourd de l’industrie pharmaceutique mondiale, la multinationale britannique a été portée sur les fonts baptismaux en 2000, d’une fusion entre Glaxo Wellcome et SmithKline Beecham. La boîte est un mastodonte. Employant près de 67.000 personnes sur 33 sites de production et opérant dans 70 pays, elle est un acteur mondial primordial dans le traitement du VIH (Sida), de différents cancers (du sang, gynécologiques), du paludisme, du zona ou encore des méningites. A l’instar de Pfizer, Sanofi, MSD ou Sinovac, GSK fait partie des leaders mondiaux dans les vaccins (produisant en valeur 20% du marché mondial – en excluant le vaccin contre le Covid-19-, en 2021 selon l’OMS). Bref : un géant.

La photo d’illustration montre l’entrée du site de la société pharmaceutique GSK Vaccines à Wavre, le mercredi 5 février 2020. © PHOTO BELGA : ERIC LALMAND

Chez nous, GSK se concentre sur trois sites. Qui se complètent. A Rixensart, la recherche et développement ; à Wavre, la fabrication des vaccins et à Gembloux, le stockage et la logistique pour envoyer les produits dans 160 pays. Autour de ces pôles gravitent toute une série d’autres sociétés : fournisseurs, logistique, maintenance. Un peu moins de 10% des exportations wallonnes totales viendraient de GSK, selon des chiffres de 2024. Si GSK est si bien implanté en Belgique, ce n’est pas dû au hasard. Et bien que l’entreprise soit née, on l’a vu, en 2000, son histoire est bien plus ancienne…

Le logo de GSK à l’entrée de l’usine, photographié après l’inauguration d’un nouveau centre d’excellence de la société pharmaceutique GSK à Rixensart, mardi 9 juin 2026. © BELGA PHOTO ERIC LALMAND

Nous sommes en 1945, la Belgique sort des années sombres. Il faut reconstruire le pays meurtri par le second conflit mondial, les chantiers sont nombreux et immenses, entre autres dans le domaine médical. Ce sont dans ces moments graves et pressants qu’une petite entreprise, R.I.T. (pour " Recherche et Industrie Thérapeutique ") est fondée par un chercheur à l’Université de Louvain, le médecin Pieter De Somer.

Des débuts prometteurs

Christian de Duvee, docteur en médecine et biochimiste, spécialisé dans la biochimie subcellulaire et la biologie cellulaire et a découvert les peroxysomes, un organite cellulaire. Il a reçu le prix Nobel de physiologie ou médecine en 1974.

A Genval, le jeune Pieter De Somer va donc s’intéresser à partir de 1945 aux antibiotiques et tenter de produire la pénicilline à grande échelle. Il s’associe avec le médecin et biochimiste Christian de Duve (humaniste et figure incontournable de la science belge d’après-guerre, lui, recevra le prix Nobel de médecine en 1974) pour les perfectionner et à l’industriel Jacques Lannoye pour les capitaux.

Pionnière dans la production d’antibiotiques, R.I.T. va bientôt se tourner vers les vaccins antiviraux, notamment. En 1957 Pieter De Somer et ses collaborateurs conçoivent un vaccin contre la poliomyélite. La polio, redoutable maladie infectieuse attaquant le système nerveux et causant paralysie voire décès, était un fléau. Les autorités vont dès lors vacciner à grande échelle la population. L’entreprise de Pieter de Somer (qui deviendra recteur de la KUL) atteint une réelle notoriété en matière de santé publique.

Un employé travaille sur la chaîne de conditionnement des vaccins de l’usine du laboratoire pharmaceutique britannique GlaxoSmithKline (GSK) à Wavre, le 8 février 2021. © Kenzo TRIBOUILLARD / AFP

Les "- rix" se font un nom

En 1958, on déménage. Mais pas très loin, de Genval à Rixensart. R.I.T. construit un nouveau site, dédié à la recherche. Il deviendra un centre majeur de recherche et de développement des vaccins. C’est un véritable pôle industriel spécialisé qui voit le jour dans les Ardennes brabançonnes. Les médecins de Rixensart vont concocter de nombreux vaccins made in Belgium. Telle une signature, ceux-ci se termineront par " -rix ", en hommage au lieu où sont situés les laboratoires. (Priorix, Rotarix, Shingrix, Infanrix, Boostrix, Havrix, Engerix, etc.)

1968, une révolution

Les temps ont changé. Les horizons aussi. En 1968, nous sommes à la fin des "trente glorieuses" et l’appel de l’international se fait sentir. Un grand laboratoire américain, Smith Kline & French, propose à RIT de constituer un grand groupe international. Dorénavant, on parlera de SmithKline-RIT. Le centre décisionnel change de continent, la recherche et les emplois restent noirs-jaunes-rouges. Les petits belges s’inscrivent maintenant dans une stratégie pharmaceutique qui lui ouvre les mers et les continents.

Trois sites bien implantés

En 1989, nouvelle fusion : SmithKline fusionne avec Beecham, rassemblant encore plus de recherche et de commercialisation. La fin du XXe siècle voit se construire et s’agrandir le site de Wavre, qui sera un des plus grands sites de production de vaccins du monde. En 1996, Gembloux va accueillir la troisième antenne du complexe de bioindustrie.

GSK, via ses trois sites belges, va continuer à rayonner. Le Brabant wallon et le Namurois sont propices au développement : des universités et hôpitaux reconnus à un jet de pierre, apportant un vivier de chercheurs, chimistes et ingénieurs, et du point de vue logistique, nous sommes à un véritable carrefour routier et aéroportuaire européen.

2000, la grande fusion

GSK naît donc en 2000. Le groupe est de dimension mondiale, et une importante part de la conception et de la production de vaccins reste dans sur nos terres. Suivront plus de vingt années fastes pour l’entreprise.

A la fin 2025, quelques 8500 personnes travaillaient pour GSK en Belgique, ce qui en faisait – et fait toujours, malgré les annonces de ce matin – le premier employeur privé du sud du pays. Notre pays abrite donc pour GSK, sur ses trois sites étroitement liés, une expérience de décennies de recherche, de développement et de compétences industrielles qu’il est difficile de délocaliser. L’entreprise s’est internationalisée au fil des ans sans néanmoins perdre l’ensemble de ses racines scientifiques belges. Mais le contrôle du groupe et les décisions d’allocation des capitaux sont devenus internationaux, ce qui fragilise nos sites wallons.

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