La Force multinationale pour l'Ukraine s'incarne en Pologne avec l'exercice militaire «Koalicja»

L'exercice militaire « Koalicja » (« coalition » en polonais) commence lundi 9 novembre en Pologne. C'est le premier du genre pour la Force multinationale pour l'Ukraine. Pendant deux semaines, les alliés de Kiev, pilotés par la France et le Royaume-Uni, vont mener des manœuvres grandeur nature destinées à éprouver leur aptitude à se déployer et opérer ensemble. Un exercice pour démontrer l'unité de la Force multinationale pour l'Ukraine, malgré certains désaccords.
Quelque 2 800 militaires européens, dont plus de 1 000 Français – soit le plus gros contingent –, vont donc prendre leurs quartiers à Nowa Deba, dans le sud de la Pologne, à proximité de l'Ukraine. Cette Force multinationale pour l'Ukraine aura donc un visage, souligne Elie Tenenbaum, directeur de recherche à l'Institut français des relations internationales : « Le but, c'est de donner une incarnation à cette coalition qui a pris, depuis son lancement au printemps 2025, essentiellement la forme de sommets diplomatiques et de déclarations de chefs d'État d'intention de fournir à l'Ukraine des garanties de sécurité, sous leadership franco-britannique, dans la perspective d'un cessez-le-feu. »
Cette Force a vocation à se déployer rapidement dès la cessation des hostilités, afin de dissuader toute nouvelle agression russe. « Elle avait été pensée de façon à éviter que l'Ukraine et l'Europe soient prises de court par un accord russo-américain séparé, qui finalement ferait tomber une sorte de cessez-le-feu surprise dans le cadre duquel l'Ukraine serait laissée à elle-même et surtout vulnérable à une reprise des hostilités ultérieure par la Russie. C'est ce scénario que la coalition vise avant tout à dissuader, c'est-à-dire : si cessez-le-feu il devait y avoir, toute reprise d'hostilités aurait un coût militaire, mais aussi politique et stratégique, bien plus élevé pour la Russie, puisque cette fois-ci, elle se retrouverait confrontée d'une certaine manière à des garanties de sécurité réelles, s'exprimant militairement sur le terrain en Ukraine », explique-t-il.
L'approche des pays « adjacents »
Cet exercice incarne donc une posture résolument défensive et non escalatoire. La coalition veut démontrer sa détermination, sa crédibilité, sans générer une réaction hostile de Moscou. La ligne de crête est étroite et la perspective d'un déploiement de force en Ukraine est loin de faire l'unanimité, précise Elie Tenenbaum :
« Parmi les pays qui vont participer à cet exercice, vous avez l'Allemagne. Vous avez l'Espagne, qui est un pays qui a très clairement fait part de son refus de participer à un déploiement de troupes en Ukraine, même après le cessez-le-feu. Donc vous avez des pays au sein de la coalition des volontaires qui sont ceux qui promeuvent ce qu'on appelle l'approche des pays ''adjacents'', qui disent qu'une force de garantie de sécurité devrait être déployée dans les pays adjacents à l'Ukraine, prêts à franchir le pas si c'était nécessaire, même après un cessez-le-feu. On est quand même sur quelque chose d'un peu plus unanime de la part de ces pays-là, mais qui est le plus petit dénominateur commun à cette coalition. »
La coalition va donc donner corps à la Force multinationale pour l'Ukraine. Mais à Paris comme à Londres, on souligne que cet exercice n'est pas une mission de combat, encore moins une démonstration de force. Tout est affaire de sémantique pour veiller à faire l'unité.
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