Les poursuites pour un meurtre commis en 1988 abandonnées en raison de preuves perdues

C'est un véritable coup de théâtre judiciaire à l'Île-du-Prince-Édouard. Après une audience de quelques minutes, Todd Joseph Irving, 59 ans, accusé du meurtre prémédité de Byron Carr en 1988, est ressorti libre du palais de justice de Charlottetown.
Le procès de Todd Joseph Irving — aussi connu sous le nom de Todd Joseph Gallant —, qui devait se tenir le mois prochain pour meurtre au premier degré et outrage à un cadavre, n’aura pas lieu.
La Couronne a retiré toutes les accusations portées contre lui parce que les services de police ont perdu des pièces à conviction clés.
Todd Joseph Irving était inculpé du meurtre de l’enseignant Byron Carr, 36 ans, survenu au domicile de la victime en novembre 1988.

Byron Carr a été tué chez lui le 11 novembre 1988.
Photo : Radio-Canada
Christopher White, l’un des procureurs de la Couronne impliqués dans les poursuites, a qualifié la situation d’extrêmement décevante
.
C'était certainement une affaire d'une importance personnelle et publique considérable. [...] Toutes les personnes impliquées estimaient qu'il était important qu'elle soit jugée dans un cadre public.
Une quantité énorme de travail a été consacrée à ce dossier, une grande quantité des ressources de notre bureau
, a-t-il ajouté.
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L'accusé avare de commentaires
À sa sortie du tribunal, Todd Joseph Irving s'est montré peu bavard face aux questions des journalistes.
Lorsqu'on lui a demandé comment il se sentait maintenant que tout était terminé, l'homme de 59 ans a simplement répondu : C'est le temps de prendre une bière.
Interrogé sur ses intentions après avoir été libéré, il a affirmé qu'il allait faire ce que ferait n'importe quel bon hors-la-loi : trouver un boulot, aller travailler, mettre ça derrière moi
.
Quand on lui demande s'il éprouve de la colère après avoir passé deux ans et demi en détention préventive pour un crime dont il n'a pas été reconnu coupable, il a balayé la question du revers de la main : Les émotions n'entrent pas en ligne de compte.
Enfin, relancé directement sur la question ultime de savoir s'il avait tué Byron Carr, Todd Joseph Irving a préféré s'éclipser sans répondre.
Pièces à conviction manquantes
L'affaire, qui constituait le seul homicide non résolu de l'île depuis près de 40 ans, avait connu un rebondissement majeur en janvier 2024 grâce aux avancées de la généalogie génétique et à des analyses d'ADN.
Cependant, lors d'une audience préalable au procès en août dernier, les procureurs de la Couronne ont découvert que la police de Charlottetown avait égaré des preuves clés, notamment le couteau ayant servi à poignarder la victime et la serviette qui aurait été utilisée pour l'étrangler.
C'était une nouvelle information pour la Couronne. C'est la découverte de cette information qui a réellement tout changé
, a souligné Christopher White.
Une déclaration écrite du bureau des procureurs de la Couronne confirme également que la vaste majorité des preuves matérielles essentielles recueillies au cours de l'enquête a été perdue
et que d'importantes lacunes
ont été révélées dans l'identification, la continuité et la tenue des registres des pièces à conviction
.
Couteau disparu depuis 2007
Le chef par intérim des Services de police de Charlottetown, Darren MacDougall, a reconnu la gravité des défaillances tout en soulignant l'évolution des pratiques depuis 1988.
Interrogé sur la perte du couteau et de la serviette, il a révélé que cette disparition était connue des enquêteurs depuis la réouverture du dossier en 2007.
C'était clairement identifié à ce moment-là. [...] Mais nous nous sommes efforcés d'exploiter les technologies actuelles dans l'espoir d'identifier le coupable.
Le travail accompli nous a conduits au point où les preuves d'ADN étaient suffisantes pour justifier l'arrestation et l'inculpation de Todd Gallant
, a-t-il poursuivi.
Les enquêteurs avaient établi une correspondance entre l’ADN trouvé sur les lieux et celui de Todd Joseph Irving. Des traces d'ADN d'une autre personne avaient été également prélevées sur les lieux.
Darren MacDougall assume le choix de la police, qui a misé sur la technologie pour surmonter les défaillances du passé.
On pouvait soit se dire que ces obstacles étaient trop grands et abandonner l'enquête, soit faire ce que nous avons fait. [...] Nous pensions que si la science nous permettait d'avancer, nous pourrions surmonter les problèmes de preuves
, a-t-il affirmé.
Du point de vue de la Couronne, de telles lacunes dans la fiabilité et la traçabilité des pièces à conviction rendent toutefois toute condamnation impossible. Les procureurs ont donc décidé de mettre un terme définitif aux poursuites.
C’est dur à accepter
L'avocat John Carr, le frère de la victime, est extrêmement déçu et frustré. Lui et sa famille avaient retrouvé l'espoir d'obtenir justice.
C'est un peu dur à accepter, c'est encore très douloureux pour nous tous, mais la seule réponse, c'est essayer de ne pas être trop amer, trop en colère et d’aller de l'avant.

John Carr affirme que sa famille a le sentiment d'avoir obtenu les réponses dont elle avait besoin concernant le meurtre de son frère, Byron Carr, en 1988, mais qu'elle a encore des questions sur la façon dont l'enquête a été menée.
Photo : Radio-Canada / Laura Meader
Il a également fait preuve d'une grande résilience, admettant que, malgré toute leur volonté, la situation était irréversible.
Il n'y a rien que nous puissions faire, et je dois juste vivre avec ça. Aucune condamnation ne ramènera Byron ni ne nous donnera plus de satisfaction
, a-t-il confié.
L'affaire Byron Carr est désormais classée, sans qu'un procès ne puisse se tenir. Mais la famille de la victime veut maintenant savoir ce qu'il est advenu des éléments de preuve perdus.
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