Albanie: les heurts entre les manifestants et la police lors d'une nouvelle journée de mobilisation

Les forces de l'ordre albanaises ont fait usage samedi 31 octobre de gaz lacrymogène et de canons à eau pour disperser des groupes de manifestants violents rassemblés près des bureaux du Premier ministre Edi Rama, dont la démission est réclamée depuis des mois.
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Rassemblés en milieu de journée devant le ministère de l'Éducation, point de départ des manifestations quotidiennes, les protestataires, dont plusieurs dizaines de jeunes encagoulés, sont arrivés en début de soirée devant les bureaux du chef du gouvernement, sur le principal boulevard du centre de Tirana, ont constaté des journalistes de l'AFP.
Visés par des bouteilles remplies d'essence et par des pavés, des policiers antiémeute ont chargé les manifestants et ont poursuivi plusieurs groupes dans les rues du centre-ville.
Ce rassemblement avait commencé dans le calme vers midi devant le ministère de l'Éducation, où plusieurs centaines de personnes ont répondu à l'appel des étudiants pour une nouvelle journée de mobilisation. Ils ont scandé « Rama démissionne ! » et « Il n'y a pas d'Albanie sans jeunesse ! ».
Plusieurs dizaines de jeunes encagoulés ont ensuite pris le devant en se mettant à lancer des pavés ramassés sur des trottoirs et des cocktails Molotov dans la direction des forces antiémeute, après avoir incendié plusieurs poubelles. La police a riposté en utilisant deux canons à eau et a dispersé les manifestants qui se sont dirigés vers les bureaux du chef du gouvernement, sous une pluie battante.
Projet immobilier lié à Trump
Ce pays des Balkans de 2,3 millions d'habitants, dirigé depuis 2013 par le socialiste Edi Rama, est secoué depuis des mois par des manifestations qui se sont transformées à la mi-octobre en véritables batailles rangées entre la police et les protestataires dans les rues de la capitale albanaise.
Les mobilisations antigouvernementales ont commencé en mai par le rejet d'un projet immobilier touristique controversé sur la côte albanaise au bénéfice de proches du président américain Donald Trump. La colère s'est élargie à la corruption. Le mouvement étudiant dénonce aussi les carences du système de santé et le manque de perspective pour la jeunesse.
Dans les premiers jours des manifestations violentes, à la mi-octobre, des manifestants ont incendié ou endommagé des bâtiments publics, dont plusieurs ministères et des tribunaux, ainsi qu'un grand nombre de commerces. Près de 350 personnes ont été blessées à ce jour, dont environ 200 policiers, une centaine de manifestants et une quarantaine de passants, a précisé vendredi le ministre albanais de l'Intérieur, Ervin Demo. Il a déploré la présence dans les manifestations de « mineurs instrumentalisés par les organisateurs et placés en première ligne des attaques et des violences ». Selon M. Demo, 269 personnes âgées de moins de 18 ans ont été interpellées à ce jour lors des manifestations.
Le gouvernement a durci mercredi sa position à l'égard des manifestants en introduisant des amendes allant jusqu'à 5 500 euros à l'encontre des protestataires violents. Le Premier ministre Edi Rama a relancé samedi un appel au dialogue avec les étudiants, refusé jusqu'à présent. Il a récemment dénoncé « une guerre hybride », une violence « orchestrée par des mains entraînées à cet effet et alimentée de l'extérieur ».
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