Les Romains n'ont jamais réussi à protéger leurs soldats de ces parasites qui rongeaient leurs intestins

Vindolanda, dans le nord de l'Angleterre, est l'un des sites archéologiques romains les mieux conservés d'Europe. Son sol gorgé d'eau a préservé des matériaux qui disparaissent habituellement, comme le bois, le cuir ou les célèbres tablettes de bois couvertes d'écriture qui documentent la vie quotidienne du fort.
Une étude publiée en décembre 2025 dans la revue Parasitology apporte un nouvel éclairage sur la santé de ses occupants. Elle a été menée par des chercheurs des universités de Cambridge et d'Oxford, sous la direction du paléoparasitologue Piers Mitchell, avec la participation d'Andrew Birley, qui dirige les fouilles du site.
Un fort à la frontière nord de l'Empire
Le fort de Vindolanda est antérieur au mur d'Hadrien. Il a été construit vers la fin du Ier siècle, puis reconstruit à plusieurs reprises. Il était occupé par des troupes auxiliaires, recrutées parmi les peuples soumis de l'Empire, et non par des légionnaires.
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Le mur lui-même a été édifié à partir de 122, sous l'empereur Hadrien. Long d'environ 118 kilomètres, il traversait la Grande-Bretagne d'une côte à l'autre et était jalonné de forts et de petits postes. Il servait à défendre la frontière, mais aussi à contrôler les déplacements et les échanges avec les populations du nord.
Cinquante échantillons prélevés dans un égout
Les chercheurs ont analysé 50 échantillons de sédiments prélevés en 2019 le long d'un égout d'environ neuf mètres. Il évacuait les eaux usées des latrines collectives des bains, construits au IIIe siècle, vers un ruisseau situé au nord du site.
Les œufs de parasites, rejetés avec les selles des utilisateurs des latrines, s'accumulent dans ce type de conduit et peuvent s'y conserver pendant des siècles.
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Environ 28 % des échantillons contenaient des œufs d'ascaris ou de trichocéphale, deux vers de la famille des nématodes identifiés au microscope. Un échantillon prélevé dans un fossé défensif plus ancien du fort contenait aussi ces deux vers, signe que ces parasites étaient présents dès les premières occupations du site.
Giardia, lui, a été détecté par une méthode immunologique, qui repère des protéines propres au parasite. Contrairement aux deux vers, il s'agit d'un organisme microscopique unicellulaire, qui infecte l'intestin grêle.
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Des troubles digestifs fréquents
Ces trois parasites se transmettent par voie féco-orale, lorsque de l'eau, des aliments ou des mains sont contaminés par des matières fécales. Leur présence témoigne d'une hygiène insuffisante, malgré les bains et les latrines dont disposait le fort.
Les vers intestinaux peuvent provoquer des douleurs abdominales, des diarrhées et des carences nutritionnelles. Giardia est responsable d'épidémies de diarrhée, souvent liées à une eau contaminée. Selon Piers Mitchell, certains soldats ont pu souffrir d'une déshydratation sévère lors d'épidémies estivales, et une giardiase non traitée peut entraîner pendant plusieurs semaines une fatigue marquée et une perte de poids.
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Le chercheur estime aussi que la présence de ces parasites suggère que d'autres agents infectieux transmis de la même façon, comme les salmonelles ou les shigelles, circulaient probablement dans le fort.
Une proportion d'infectés impossible à établir
Les matières fécales de nombreux utilisateurs se mélangent dans un égout collectif. Les chercheurs ne peuvent donc pas déterminer quelle part de la garnison était infectée.
Les œufs d'ascaris et de trichocéphale avaient déjà été retrouvés sur d'autres sites archéologiques britanniques. La détection de Giardia est en revanche une première pour cette période dans l'île.
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