Sept meurtres à Jambes : derrière les faits divers, la mutation violente d’une bourgade namuroise de 1850 à 1910

"A l’époque, On tue souvent pour voler et presque toujours en état d’ébriété", résume Dominique Allard, président de la Société archéologique de Namur et historien.
Comme Octave Fichefet, qui fait le tour des bistrots le jeudi 18 mai 1905, avant de se rendre chez une cousine, la veuve Burton, à laquelle il devait de l’argent. La rencontre tourne mal : il tire plusieurs balles de revolver sur la victime, dont une dans la tête, et l’achève en l’égorgeant avec une lame de rasoir.
A l’époque, avant le développement d’une véritable police scientifique, les témoignages sont très importants pour les enquêtes policières. "Les enquêteurs ont refait le tour des cafés fréquentés ce jour-là par Octave Fichefet, raconte Dominique Allard. On sait exactement ce qu’il a bu : un Byrrh (ndlr un vin aromatisé) et une chope à 10 heures au café d’Auguste Andag, rue des Fossés ; un Byrrh et une autre chope chez Julie Lambert, place du Théâtre, quelques minutes plus tard ; et ainsi de suite toute la journée. Cela donne une carte de la soûlographie namuroise à l’époque."
A coups de marteau puis égorgée
Le meurtrier de Marie Hendrick, le 10 octobre 1890, rue de Dave, n’était peut-être pas en état d’ébriété, mais les enquêteurs pensent que c’est lui qui a bu une bière dans l’estaminet de la victime un peu avant qu’elle soit retrouvée morte, dans une mare de sang, la tête défoncée à coups de marteau et la gorge tranchée.
Son mari était absent ce matin-là, parti assister à des funérailles à Naninne. Marie Hendrick avait envoyé ses enfants glaner dans les potagers d’Amée. Il n’y a pas de témoin direct du meurtre.
"Aujourd’hui, la police scientifique prélèverait l’ADN sur une telle scène de crime, notamment sur le verre de bière. Et pourrait les confronter éventuellement à celui d’une personne suspecte. Cela aurait peut-être permis de retrouver le coupable."
Le meurtrier de Marie Hendrick, qui a délesté sa victime de quelques pièces de monnaie, ne sera jamais retrouvé. Trois des sept meurtres rapportés par Dominique Allard n’ont pas été élucidés.
Une foule prête au lynchage
Dominique Allard, auteur de "Meurtre à Jambes, récits historiques (1861-1905)". © RTBF
Pour écrire cette chronique judiciaire du 19e siècle, Dominique Allard s’est basé sur deux sources : les archives judiciaires et la presse de l’époque.
"Les archives judiciaires sont d’une richesse extraordinaire, constate l’auteur. Chaque fois qu’un témoin est interrogé par la police ou par le juge d’instruction, c’est une tranche de vie de l’époque qui est consignée. La presse ajoute souvent la dimension émotionnelle d’un dossier. Par exemple, elle nous apprend que le convoi cellulaire qui emmène tel suspect vers la prison de Namur était suivi par des centaines de personnes en colère, une foule prête au lynchage."
Meurtres à Jambes, Récits historiques (1861 à 1905), Dominique Allard, édition Syndicat d’initiative de Jambes et environs.
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