Le retour au bureau 3 jours/semaine n’a pas livré ses promesses, dit un syndicat

Les trois jours en présentiel imposés aux fonctionnaires de l’État québécois n’ont pas donné les résultats escomptés, et ont même produit des effets contraires à ceux attendus, notamment en matière de productivité et de collaboration, plaide le Syndicat de professionnelles et de professionnels du gouvernement du Québec (SPGQ).
Le SPGQ publie mercredi les résultats d’une consultation menée auprès de ses membres à l’été 2026, soit environ six mois après l’entrée en vigueur de la nouvelle politique-cadre en matière de télétravail, qui oblige les employés de l’État à effectuer un minimum de trois jours de travail par semaine au bureau.
La présence accrue des fonctionnaires sur leur lieu de travail, aux dires du gouvernement, devait permettre de renforcer la collaboration, la cohésion et le sentiment d'appartenance, tout en favorisant la créativité, le mentorat et l'intégration des employés dans leur équipe
.

Le SPGQ tenait à faire un bilan des six premiers mois d’implantation de la nouvelle politique-cadre en matière de télétravail édictée par le Secrétariat du Conseil du trésor. (Photo d’archives)
Photo : Google Maps
Les données recueillies par le SPGQ auprès de ses membres suggèrent que les objectifs poursuivis par le gouvernement ne sont pas tous au rendez-vous.
À titre d’exemple, 62,5 % des personnes ayant rempli le questionnaire ont affirmé que leur productivité personnelle s’était un peu
ou beaucoup
détériorée, alors que près du tiers (32,2 %) n’ont rapporté aucun effet.
Méthodologie
L’enquête (nouvelle fenêtre) a été réalisée au cours des mois de juin et de juillet 2026 au moyen d’un questionnaire autoadministré sur une plateforme en ligne. L’invitation à participer à la consultation a été envoyée aux 19 768 cotisants pour lesquels le SPGQ disposait d’une adresse courriel personnelle. De ce nombre, 5896 ont rempli le questionnaire d’enquête au complet, ce qui donne un taux de réponse de 29,8 %.
Les impacts ressentis du retour au bureau trois jours par semaine sont encore plus marqués en ce qui concerne la capacité à se concentrer. Près de huit répondants sur 10 (79,2 %) ont indiqué que leur capacité de concentration s’était un peu
ou beaucoup
détériorée depuis l’entrée en vigueur de la nouvelle politique-cadre.
« Téléprésentiel »
Le président du SPGQ, Guillaume Bouvrette, attribue en partie ces résultats à l’omniprésence des réunions virtuelles dans la fonction publique même pour les employés en présentiel – un phénomène à l’origine du néologisme « téléprésentiel » – et à la transformation des espaces de bureau.
La réalité a changé dans les milieux de travail. Les gens ne travaillent plus seulement avec des collègues qui sont situés physiquement au même endroit, mais partout dans la province. La technologie nous a permis ça. Les bureaux sont moins bien aménagés également pour du travail qui nécessite de la confidentialité ou de la concentration
, souligne M. Bouvrette en entrevue à Radio-Canada.

Guillaume Bouvrette affirme qu’il serait « incohérent » de tourner le dos au télétravail, sachant qu’il permet au gouvernement d’économiser plus de 200 millions de dollars par année si l’on inclut les gains liés à l’optimisation des espaces de bureau.
Photo : Radio-Canada
Signe que le retour progressif au bureau des fonctionnaires depuis la fin de la pandémie n’a pas entraîné la fin des échanges sur les plateformes de visioconférence, 62,1 % des personnes interrogées par le SPGQ ont rapporté consacrer deux heures ou plus de leurs journées en présentiel à des réunions ou des échanges virtuels.
Pour 83,5 % des répondants, le nombre d’heures consacrées aux interactions virtuelles lorsqu’ils sont au bureau est comparable à celui observé en télétravail.
Fatigue numérique
Fait à noter, les participants à la consultation affirment ressentir de la fatigue numérique plus fréquemment en présentiel (29,4 %) qu’en télétravail (9,7 %), un phénomène que Guillaume Bouvrette qualifie de très préoccupant
.
La fatigue numérique est plus présente, finalement, lorsque les gens se déplacent au bureau, alors que c'était un des éléments-phares qui étaient invoqués par le Conseil du trésor, à l'époque, de dire : "Bien, ramenons les gens au bureau pour réduire cette fatigue numérique." Là, c'est l'inverse qui se produit
, déplore le président du SPGQ.

Le SPGQ estime que les bureaux non assignés et à aire ouverte récemment aménagés sont mal adaptés à la nouvelle réalité du travail dans la fonction publique québécoise. (Photo d’archives)
Photo : Radio-Canada / Bruno Giguère
Cette fatigue numérique, fait-il remarquer, est d’autant plus problématique qu’elle est étroitement liée à une hausse de l’absentéisme dans les rangs de la fonction publique.
C'est définitivement préoccupant dans un contexte où les taux d'absentéisme dans le secteur public ont été en augmentation dans les dernières années [et] cette hausse de l'absentéisme va éventuellement inévitablement se répercuter sur la qualité des services à la population.
La consultation menée par le SPGQ a également fait ressortir d’importants effets perçus des trois jours en présentiel sur la santé psychologique de ses membres. Plus de 7 répondants sur 10 (70,9 %) ont dit qu’elle s’était un peu
ou beaucoup
détériorée.
Par ailleurs, une majorité de cotisants (77,8 %) ayant rempli le questionnaire ont rapporté n’avoir observé aucun effet sur la collaboration au sein de leur équipe, alors qu’il s’agissait pourtant d’un des principaux objectifs du retour au bureau trois jours par semaine.
Sentiment d'appartenance
Les répondants sont également nombreux (60,1 %) à n’observer aucun effet sur leur sentiment d’appartenance à leur organisation. Un répondant sur trois (33,7 %) indique que son sentiment d’appartenance s’est même un peu
ou beaucoup
détérioré.
Les effets des trois jours obligatoires en présentiel, tels que perçus par les cotisants du SPGQ ayant pris part à la consultation, se répercutent sur l’attractivité de la fonction publique comme employeur. Une forte majorité des participants (86,1 %) estime que la nouvelle politique-cadre rend la fonction publique un peu moins attrayante
ou beaucoup moins attrayante
.

Le SPGQ invite le prochain gouvernement à appuyer ses politiques de retour au bureau des fonctionnaires sur des données probantes. (Photo d’archives)
Photo : Radio-Canada / Pierre-Paul Couture
86 %, si ça, ce n’est pas préoccupant, je ne sais pas ce qui l’est, parce qu'on a besoin d'être en mesure d'attirer, de retenir les meilleurs talents au service de l'État québécois pour livrer les meilleurs services à la population à moindre coût, pour avoir l'expertise nécessaire pour se prémunir contre les abus dans de grands projets qui sont confiés en sous-traitance
, fait valoir Guillaume Bouvrette.
Recommandations
Le SPGQ enjoint au prochain gouvernement qui sera formé par le Parti québécois de réévaluer la politique-cadre afin que la présence au bureau amène une valeur ajoutée réelle, que ce soit en termes de besoins de collaboration, de coordination des équipes ou d'activités pour lesquelles la présence physique apporte un avantage concret
.
Il l’invite également à évaluer la possibilité de ramener l’obligation de présence au bureau à l’équivalent de deux jours par semaine, et même moins lorsque les besoins du travail le permettent.
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