De Bruxelles à Lomé, seule, à vélo : "J'ai senti que le Togo m'appelait"

Elle n'en revient toujours pas. Plusieurs mois après son retour à Bruxelles, Victoire reste profondément marquée par son voyage. "Je n'ai pas communiqué tout de suite sur mon retour. Je voulais prendre le temps d'atterrir, de voir mes proches, de digérer cette aventure incroyable avant d'en parler publiquement." C'est donc avec du recul qu'elle revient sur son voyage.
Une envie de "raconter le monde"
Victoire sort de ses études de journalisme quand une question lui vient en tête : "Et maintenant ? Je fais quoi ?"
La jeune diplômée a envie de mettre en pratique ce qu'elle a appris pendant ses études. Elle veut raconter le monde. "Je me suis replongée dans mes notes et il y a quelques années, j'avais écrit : 'voyage à vélo ?'. Je me suis dit que c'était le moment. Et j'ai senti que le Togo m'appelait, je n'avais jamais ressenti ça pour un autre pays. Une amie de ma maman était partie sur place pour fonder un orphelinat avec une sœur togolaise. Son nom ? Victoire, comme moi. Il n'y a pas de hasard."
Victoire en parle à ses proches. C'est, sans surprise, avec une certaine appréhension qu'ils accueillent la nouvelle. "Je ne m'attendais pas à faire des émules, mais là j'ai été découragée par certain·es qui y voyaient une aventure dangereuse. J'ai accepté les doutes, les critiques, tout en essayant d'y rester un maximum hermétique sinon je savais que je ne partirais jamais."
Deux mois de préparation s'en suivent. Il faut trouver le matériel adéquat, les sponsors, s'entrainer... "C'était intense. Au point que juste avant le départ, je me sentais presque en burn-out. J'ai fait le choix de partir de Bruxelles pour aller à Lille et prendre le TGV jusque Marseille. Une fois sur place, j'ai pris quelques jours pour me reposer. Le grand départ, c'est de la cité phocéenne qu'il a réellement eu lieu."
Ce sont les autres qui ont façonné ce voyage
Tous les soirs, Victoire dort chez l'habitant. "Je dis toujours que ce sont les autres qui ont façonné ce voyage. Toutes ces soirées, ces discussions jusque tard dans la nuit, ces femmes qui se confient, ces familles qui s'ouvrent à moi. C'est ça la richesse de ce périple."
Avec l'apothéose lors de son arrivée à Lomé. "Je savais que les gens de l'orphelinat pour lequel j'avais récolté 23.000 euros allaient m'attendre à la frontière. Je me suis dit en les voyant : 'c'est chouette !' Mais j'entendais des bruits au loin. J'ai d'abord pensé que le Togo était particulièrement bruyant. Mais je me suis vite rendu compte que ces tambours et ces klaxons, c'était pour moi. Il y avait 300 à 400 personnes, une fanfare, des voitures floquées avec mon visage, des T-shirt sur lesquels il était inscrit 'Bravo championne !', 'Merci !' Le Maire et le Roi des us et coutumes étaient présents. C'était incroyable. Les mots me manquent encore aujourd'hui et j'ai mis plusieurs jours à m'en remettre."
Le piège du "white saviorism"
Et si Victoire avait monté une cagnotte pour financer les travaux d'agrandissement d'un orphelinat sur place devenu trop petit pour le nombre d'enfants, pas question de passer pour la blanche qui vient 'sauver' la population locale pour autant. "J'ai tout fait pour éviter tout ce qui est "white saviorism", "volontourisme". Je voulais parler aux gens d'égal à égal. Je suis restée un mois sur place et j'allais avec ma sœur (qui l'a rejointe entretemps, ndlr) tous les jours à l'orphelinat. Pas pour aider, il se porte très bien sans nous, mais pour animer les enfants. Le colonialisme a laissé des traces. Et je sais que si on fait mal ce genre de projet, ça peut être destructeur et il vaut mieux ne rien faire du tout."
Un documentaire et un livre en préparation
Et si Victoire a emporté caméra et appareil photo sur place, c'est pour documenter au mieux son voyage. Elle a nourri sa page Instagram baptisée "itsabout_togo". Mais à terme, le projet, c'est d'en faire un documentaire et un livre. "C'est la finalité. Les deux supports sont complémentaires et permettent de raconter les choses différemment. Ça sera pour juin 2027."
En attendant, Victoire a un message à faire passer. "Si vous êtes une femme et que vous avez envie de faire un voyage à vélo et en solo, foncez ! Le monde vous appartient aussi."
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