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Friday, September 11, 2026

La réponse américaine aux contre-tarifs se révèle modeste aux yeux des experts

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En dépit des apparences, les contre-tarifs du Canada, immédiatement suivis par des contre-contre-tarifs des États-Unis, marquaient peut-être moins une escalade de leur guerre commerciale qu’une volonté inavouée de calmer un peu le jeu.

Le moins qu’on puisse dire, c’est que le président Trump n’a pas perdu de temps mardi. Les représailles tarifaires canadiennes censées répondre « dollar pour dollar » aux quelque 28 milliards de nouveaux tarifs commerciaux imposés le mois dernier sur les exportations canadiennes n’étaient pas en vigueur depuis 24 heures que déjà Washington y répondait encore par de nouveaux tarifs de son cru.

Les deux pays semblent bel et bien engagés dans l’escalade tarifaire qu’on disait vouloir éviter à tout prix, surtout du côté du plus petit des deux. Mais peut-être pas.

D’abord parce que, à Ottawa, on avait déjà laissé entendre qu’on laisserait la poussière retomber avant ne serait-ce que d’envisager la possibilité de contre-contre-contre-tarifs en cas de nouvelle réplique américaine. Mais aussi parce que, à bien y regarder, les nouvelles représailles commerciales des États-Unis pourraient être plus retenues qu’il n’y paraît.

Une réplique « modeste »

Ces nouvelles mesures consistent en fait en des changements relativement mineurs à ce qui avait déjà été annoncé, a estimé mercredi la Banque TD dans une brève analyse. Bien que cela soit une bien mince consolation pour les secteurs économiques directement touchés, particulièrement au Québec et en Ontario, elles « ne devraient pas avoir d’impact significatif sur la croissance économique canadienne à court terme ».

C’était aussi l’avis qu’a partagé sur les réseaux sociaux Trevor Tombe, économiste à l’Université de Calgary, pour qui la réplique de Washington s’avère finalement « très modeste ». Une « évaluation rapide » l’amène à établir le coût des nouveaux tarifs de Donald Trump à environ 1,8 milliard de dollars, qui sera presque entièrement compensé par le retrait d’autres produits de la liste des exportations canadiennes visées d’une valeur de 1,7 milliard. Quant à l’alcool canadien, qui est désormais interdit d’entrée aux États-Unis, cela pourrait coûter environ un milliard de dollars aux producteurs canadiens, qui y exportent environ 13 % de leur production.

On arrivait sensiblement aux mêmes chiffres du côté de la Banque Royale, à raison de l’ajout à la liste des produits visés par les nouveaux tarifs américains de 50 % de 110 produits (matériaux de construction, produits du bois, types de papier…) pour des exportations totales en 2025 de 1,85 milliard et le retrait de la liste d’une dizaine de produits (ciment, panneaux électriques, sucre, papier hygiénique…) d’une valeur de 1,73 milliard. Quant aux 68 produits bannis du marché américain (alcool, produits laitiers, motocyclettes…), ils étaient assujettis, avant cela, à des tarifs de 50 % qui les mettaient déjà pratiquement hors jeu.

Donald Trump a aussi dit souhaiter que les entreprises canadiennes soient exclues de l’un des mécanismes d’attribution des contrats publics fédéraux aux États-Unis. La General Services Administration américaine a octroyé l’an dernier pour 50 milliards de nouveaux contrats, ce qui était « modeste » par rapport au total de 800 milliards, note la RBC.

Une guerre impopulaire

Du côté d’Ottawa, on a rapidement compris qu’il serait suicidaire d’essayer de poursuivre longtemps une escalade des tarifs « dollar pour dollar » avec une économie 13 fois plus grosse que la sienne et de plus nettement moins dépendante du commerce. Vaut mieux y aller de quelques contre-mesures pour le principe, aider ses secteurs touchés à passer à travers de la crise et réduire autant que faire se peut sa dépendance économique à l’égard de son peu fiable voisin.

C’est exactement le message qu’enverra la semaine prochaine le premier ministre Mark Carney, en étant l’hôte, à Toronto, d’un grand sommet visant à mobiliser 1000 milliards d’investissements étrangers au Canada sur cinq ans, et avant d’immédiatement traverser l’Atlantique pour travailler à un nouveau partenariat avec l’Union européenne.

Du côté de Washington, on est peut-être aussi en train de comprendre qu’à la veille d’élections de mi-mandat qui s’annoncent difficiles pour le camp républicain, les Américains n’ont pas le cœur à l’escalade des tarifs commerciaux, surtout pas avec le bien inoffensif voisin canadien. Il n’est peut-être pas un hasard si Donald Trump a si vite retiré certains produits de sa liste de tarifs, ou qu’il semble déjà avoir oublié ses menaces contre le fabricant d’avions Bombardier devant la grogne, notamment en terres républicaines.

Mais connaissant le bonhomme, cette pause de la guerre commerciale peut se terminer à tout moment.

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