France : une journée de manifestations marquée par des violences et des affrontements

Plusieurs dizaines d'interpellations ont eu lieu samedi matin à Paris tandis que la tension montait dans la capitale et plusieurs villes de France lors de premières actions et manifestations à l'appel d'anciens gilets jaunes et de jeunes, réunis dans un mouvement protéiforme autour de leur « colère ».
Le souvenir du mouvement social des gilets jaunes en 2018-19, qui avait débuté pour protester contre la hausse des taxes sur les carburants, est dans tous les esprits. Les images des violences en marge des manifestations, notamment sur les Champs-Élysées, avaient fait le tour du monde.
À six mois de l'élection présidentielle, l'appel à faire renaître ce mouvement et à descendre dans la rue, bloquer des ronds-points et des points stratégiques pour protester contre la vie chère
a rencontré la protestation des lycéens et étudiants réclamant de meilleures conditions d'études.
À la fin du mois, je n’ai plus rien, les prix augmentent mais pas les salaires. On n’en peut plus, on étouffe
, dénonce Franck, un fonctionnaire quadragénaire qui a manifesté à Guéret, petite ville du centre du pays, avec environ 300 personnes, dont un quart de lycéens.
À la mi-journée, les autorités ont recensé 140 actions avec 32 800 personnes en province et 166 interpellations sur tout le territoire national
, selon l'entourage du ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez, qui craint que l'ultragauche fasse dégénérer les cortèges de l'après-midi
.
À Paris, une soixantaine d'interpellations ont eu lieu en matinée et les forces de l'ordre sont intervenues autour de deux cortèges, selon les autorités.

Des manifestants masqués forment une chaîne humaine face aux forces d’intervention françaises lors d’une manifestation dans une rue près de la gare du Nord à Paris, le 17 octobre 2026.
Photo : Reuters / Abdul Saboor
Aujourd’hui, il y a un point de convergence de plein de colères, toutes légitimes et toutes plus ou moins liées
, explique Florine Pigny, une tatoueuse de 36 ans, présente dans l'un d'eux.
Inquiète pour l'avenir
Se présentant comme une mère de famille qui s’inquiète pour l’avenir de sa fille
, elle se dit ulcérée que depuis quelques décennies, petit à petit, un petit bout par-ci, un petit bout par-là, nos gouvernants grignotent nos services publics, alors que dans le même temps, les ultra-riches s'enrichissent toujours plus
.
Parmi les interpellations parisiennes, 21 sont intervenues après une action devant le siège de la télévision CNews, détenue par le groupe du milliardaire conservateur Vincent Bolloré, cible de jets de projectiles.
Ailleurs en régions, des incidents ont également été recensés. Un bâtiment de la fac de lettres de Rouen, en Normandie, a été touché tôt samedi par un incendie vraisemblablement d'origine criminelle
, selon une source proche du dossier.
À Marseille, un poste de police municipale a été pris pour cible par les manifestants.

Des manifestants saccagent un poste de police municipale à Marseille, le 17 octobre 2026.
Photo : Getty Images / THIBAUD MORITZ / AFP
À Lyon, les policiers ont dispersé à coups de grenades lacrymogènes près de 300 personnes rassemblées devant une université, a constaté l'AFP.
Peu de blocages ont en revanche été constatés par les journalistes de l'AFP. À Toulouse, les forces de l'ordre sont intervenues pour empêcher des blocages de trains et d'un rond-point.
L'ampleur de la mobilisation reste difficile à anticiper, au premier jour des vacances scolaires et alors que les syndicats ont appelé les salariés du public et du privé à manifester et faire grève le 5 novembre, pour les salaires et les services publics.

Des manifestants réagissent face aux gaz lacrymogènes lors d’affrontements avec la police française à la place de la République, à Paris, le 17 octobre 2026.
Photo : Reuters / Stephanie Lecocq
Tirs de mortiers d'artifice
Dans la deuxième économie de la zone euro, surendettée et sous étroite surveillance des marchés financiers, cette mobilisation intervient sur fond de fortes tensions sociales, alimentées par la flambée des carburants et par une baisse du pouvoir d'achat.
Le président Emmanuel Macron a lancé vendredi, depuis Bruxelles, un appel au calme
.

Un manifestant, vêtu d’un gilet jaune, tient un oreiller sur lequel on peut lire « Macron, je te déteste de tout mon cœur » à la place de la République à Paris, le 17 octobre 2026.
Photo : Getty Images / MATTHIEU RONDEL / AFP
À proximité de l'emblématique place de la République à Paris, point de départ du cortège, les forces de l'ordre ont fait usage à plusieurs reprises de gaz lacrymogènes pour répondre à plusieurs centaines de manifestants, pour la plupart masqués et vêtus de noir, dont certains tiraient des mortiers d'artifice, selon une journaliste de l'AFP.
Selon une source policière, quelque 150 000 manifestants sont attendus hors agglomération parisienne et autour de 40 000 à Paris.

« Si on brûle, vous brûlerez avec nous », lit-on sur une pancarte.
Photo : Reuters / Stephanie Lecocq
Mégaphone en main, Elya, une lycéenne de 17 ans s'apprête à marcher avec des amis.
Aujourd'hui c'est la grande manifestation pour tous, les agriculteurs, les chômeurs, les salariés, les étudiants, les lycéens et encore plein d'autres. On est là pour montrer une revendication, pour montrer qu'on est fâchés et pour qu'on soit entendus
, explique-t-elle.
Le parti de gauche radicale La France insoumise (LFI) espère bénéficier de l'importante mobilisation attendue. Même si, pour l'instant, c'est Marine Le Pen, candidate de l'extrême droite, qui caracole en tête dans les sondages.
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