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Sunday, October 4, 2026

Où sont allés les chefs? Voyez leur itinéraire de campagne

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En 37 jours, les chefs des cinq principaux partis en lice pour le scrutin de lundi ont visité les 17 régions administratives du Québec, 103 des 127 circonscriptions et 149 municipalités. Voyez jusqu’où ils sont allés – et combien de fois – pour séduire les électeurs.

Dès la 1re semaine, la Capitale-Nationale s’impose comme l’un des principaux champs de bataille de la campagne. La Coalition avenir Québec, le Parti libéral et le Parti conservateur lancent d’ailleurs leur campagne à Québec, alors que le Parti québécois et Québec solidaire démarrent leur autocar à Montréal.

Malgré tout, la CAQ et le PQ profitent de la première semaine pour sillonner plusieurs régions de la province. Le PLQ concentre pour sa part ses efforts en Mauricie et en Estrie, alors que Montréal est dans la mire de QS, qui se rend aussi jusqu’en Abitibi-Témiscamingue. Le PCQ, quant à lui, roule en périphérie de Québec, notamment dans Chaudière-Appalaches.

La Capitale-Nationale attire tout autant les chefs à leur 2e semaine de campagne. Ils ignorent complètement Montréal, à l’exception de Ruba Ghazal. Celle-ci poursuit ensuite sa tournée des régions au Bas-Saint-Laurent et au Saguenay–Lac-St-Jean. Elle y croise Paul St-Pierre Plamondon à son retour du Nord-du-Québec, région qu’il est le premier à visiter.

Christine Fréchette et Charles Milliard se promènent pour leur part en banlieue de Montréal, pendant qu’Éric Duhaime, lui, ne s'éloigne pas de Québec et poursuit son opération de séduction dans Chaudière-Appalaches. Tous les chefs terminent la semaine à Québec pour le premier rendez-vous télévisé de la campagne électorale.

À leur 3e semaine, les chefs ralentissent la cadence. En cause? Les deux premiers débats télévisés tenus à Montréal. C’est d’ailleurs sur l’île et aux alentours, en Montérégie, qu’ils concentrent leurs activités de campagne. QS et le PQ multiplient les arrêts à Montréal, le PLQ concentre ses énergies en Montérégie, la CAQ va à son tour au Saguenay, alors que l’agenda imposé aux chefs force le PCQ à quitter un peu le centre du Québec.

Cette fois, tous les chefs se donnent rendez-vous à Québec, pour le sommet de l’Union des municipalités du Québec. Pour les autres arrêts de leur caravane, ils ne s'éloignent pas trop de la Capitale-Nationale ni de Montréal, où se tient le dernier débat télévisé de la campagne.

Après les débats, les chefs reprennent la route pour le sprint final. La CAQ et le PLQ se croisent en Outaouais, juste avant que le chef libéral s’envole vers le Nord-du-Québec et l'Abitibi, qu’il ajoute à sa feuille de route. Le chef du PQ prend aussi l’avion pour effectuer les seules visites de la campagne en Gaspésie et sur la Côte-Nord, pendant que QS et le PCQ se concentrent, respectivement, sur Montréal et sur Québec et ses environs.

À quelques jours du vote, les chefs appuient sur l’accélérateur. Ils multiplient les événements – au rythme de quatre par jour, en moyenne – en se concentrant dans des régions où ils veulent consolider leurs appuis. On les aperçoit notamment dans la Capitale-Nationale, en Montérégie et dans le Centre-du-Québec.

Les caravanes électorales ont parcouru des milliers de kilomètres en cinq semaines.

La Capitale-Nationale a fait l’objet de la convoitise de tous les chefs, en étant non seulement la région la plus visitée à la mi-campagne, mais aussi jusqu’au dernier sprint.

« On savait que ça allait être un terrain de luttes serrées », explique Thierry Giasson, professeur au Département de science politique à l'Université Laval.

La Coalition avenir Québec et Québec solidaire ont des acquis à conserver, alors que le Parti québécois et le Parti conservateur, au coude-à-coude dans plusieurs comtés, pourraient y faire des gains. « Ça explique pourquoi à peu près toutes les caravanes y ont fait des arrêts », affirme l'expert.

La métropole n’a pas reçu autant d’attention de la part des partis, malgré des arrêts imposés par les trois débats télévisés. Seulement Québec solidaire y a consacré la majorité de sa campagne.

Le marathon des chefs les a menés à tenir plus de 500 événements dans l’ensemble du Québec en cinq semaines. Mais toutes les régions n’ont pas suscité chez eux un intérêt égal.

La CAQ ratisse large

De la Capitale-Nationale à la Montérégie, la Coalition avenir Québec a parcouru beaucoup de terrain dans le centre et le sud du Québec, sans négliger pour autant la Mauricie et Trois-Rivières, où la cheffe caquiste espère se faire élire.

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Christine Fréchette est la cheffe qui a la feuille de route la plus diversifiée. C’est elle qui a visité le plus grand nombre de municipalités et de circonscriptions – plus de la moitié des 127 que compte la province – au cours des dernières semaines.

« C’est le parti gouvernemental », rappelle le politologue André Lamoureux. Son itinéraire témoigne d’une volonté de ratisser large dans l'espoir de conserver le pouvoir.

« Christine Fréchette est allée à plusieurs endroits, mais elle n’est pas allée à plusieurs endroits plusieurs fois », relativise à son tour le professeur Thierry Giasson, en mentionnant notamment la Montérégie et les Laurentides.

Mais il y a des endroits où elle n’est pas allée du tout, constate-t-il, comme en Gaspésie, où la CAQ avait pourtant remporté deux sièges en 2022, et sur la Côte-Nord.

« C’est indicatif du fait qu’on abandonne. On décide que ce n’est pas là que la campagne va se jouer », poursuit l’expert. On a également peu vu Christine Fréchette sur le terrain à Montréal, à Laval et dans l’Est-du-Québec.

« On identifie des régions où on pense pouvoir faire une différence. »

— Thierry Giasson, professeur au Département de science politique, Université Laval

« Plus la campagne avançait, et qu’on sentait un resserrement ou un déclin dans les intentions de vote pour la CAQ, on est allé là où on pensait qu’il fallait protéger des acquis », décrit l’expert, notamment en Outaouais, en Mauricie et en Montérégie, avec une dizaine d’arrêts à chaque endroit.

Le PLQ en terres libérales

Déjà fort à Montréal, où il a fait élire la majorité de ses députés en 2022, le Parti libéral a d’abord dirigé ses efforts ailleurs au Québec, alors que Charles Milliard a notamment courtisé des régions qu’il espère reconquérir.

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Outre la Capitale-Nationale, c’est en Estrie que le chef libéral a fait le plus d’arrêts.

« Avant que la CAQ remporte les élections de 2018, c’était un territoire libéral, indique Thierry Giasson. D’y retourner à une dizaine de reprises fait tout son sens. » D’autant plus que Charles Milliard convoite la circonscription d'Orford, qu’il a visitée plusieurs fois pendant la campagne, pour faire son entrée à l'Assemblée nationale.

Une attention similaire a été accordée à la Montérégie, à la Mauricie et à l’Outaouais « pour convaincre les caquistes déçus qui sont d’anciens libéraux déçus de revenir au Parti libéral », soutient le professeur à l’Université Laval.

Charles Milliard est sinon le chef qui a cumulé le plus grand nombre d'événements de campagne, avec une moyenne de 3,8 activités par jour. « L’organisation du PLQ avait tout intérêt à faire connaître son chef », affirme le politologue André Lamoureux.

« C’est un nouveau venu pour les libéraux. C’est la raison pour laquelle ils ont multiplié les événements, surtout dans les régions importantes pour le parti. »

— André Lamoureux, politologue et chargé de cours, UQAM

Après avoir parcouru le Québec, avec notamment un passage au Bas-Saint-Laurent, en Abitibi-Témiscamingue et dans le Nord-du-Québec, le chef libéral a finalement mis le cap sur Montréal vers la fin de sa campagne. Il ne sera pas allé lui non plus en Gaspésie – fait rare pour le PLQ –, sur la Côte-Nord ni même dans Lanaudière.

Le champ libre pour QS à Montréal

Contrairement aux autres partis, Québec solidaire, lui, a mis toute son énergie à Montréal. Sa co-porte-parole Ruba Ghazal, qui tente de conserver les sièges remportés il y a quatre ans, y a fait jusqu’à trois fois plus d’arrêts que ses adversaires.

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La stratégie de Québec solidaire est très claire aux yeux de Thierry Giasson. « On est dans le maintien des acquis, indique le professeur à l’Université Laval. Il faut faire campagne là où on est déjà installé. »

C’est pourquoi on a vu autant la candidate solidaire au poste de première ministre dans les circonscriptions orange de la métropole, avec notamment trois arrêts autant à Saint-Henri–Sainte-Anne – ajoutée à sa collection lors d’une élection partielle – qu’à Verdun, et où la partie n’est pas gagnée d’avance.

Idem dans la Capitale-Nationale. La formation politique détient la très courtisée circonscription de Taschereau, où les chefs ont fait le plus d’arrêts, soit une trentaine dans les cinq dernières semaines. « Il va se mener là une bataille politique importante », affirme André Lamoureux, aussi chargé de cours au Département de science politique de l’UQAM.

Selon notre compilation, Québec solidaire a stationné son autocar dans un nombre restreint de municipalités (25) et a évité les grands déplacements, notamment vers le Nord-du-Québec, la Côte-Nord et la Gaspésie. Aucun arrêt non plus dans Chaudière-Appalaches et à Laval.

« Québec solidaire ne tient pas à aller partout sur le territoire, soutient le politologue André Lamoureux. On met plutôt l’accent sur les circonscriptions qui doivent être préservées. »

Ruba Ghazal s'est ainsi rendue quatre fois en Estrie, où elle espère conserver Sherbrooke, mais elle a aussi passé deux jours en Abitibi, pour reconquérir Rouyn-Noranda–Témiscamingue qui a glissé entre les mains des solidaires en 2022. Elle a sinon ciblé les centres urbains du Bas-Saint-Laurent et du Saguenay, pour montrer que Québec solidaire « n’est pas qu’un parti de Montréal », ce qui est un « énorme défi pour eux », d’après Thierry Giasson.

Le PQ lorgne les régions

Le Parti québécois espère ravir les circonscriptions de la CAQ en région, mais aussi dans le 450, autour de Montréal. Les arrêts de Paul St-Pierre Plamondon sur l'île se sont sinon concentrés dans Camille-Laurin, la circonscription où il se présente.

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Où étions-nous forts il y a 12 ans? D’après Thierry Giasson, c’est la question que s’est posée le Parti québécois avant de prendre la route à bord de sa caravane.

« On veut aller reconquérir des terres qui ont traditionnellement été très favorables au Parti québécois, indique-t-il. On a des gains à faire en Estrie, au Saguenay–Lac-Saint-Jean, dans les couronnes de Montréal et en Montérégie », notamment.

« Dans une situation où les appuis de la CAQ reculent, le Parti québécois va chercher à la bousculer, à la détrôner là où il le peut », appuie le politologue André Lamoureux.

L’itinéraire de Paul St-Pierre Plamondon l’a malgré tout amené un peu partout au Québec. Il est le chef à avoir visité le plus grand nombre de régions et le seul à s’être rendu jusqu’en Gaspésie et sur la Côte-Nord.

Thierry Giasson s'étonne toutefois qu’il n'ait pas passé plus de temps dans l’est du Québec, avec seulement une poignée de visites réparties sur trois jours. « Le PQ va pourtant faire des gains importants dans l’est du Québec, voire tout rafler », prévoit-il. Idem au Saguenay–Lac-Saint-Jean, où il n’a passé qu’une seule journée.

Le PCQ mise tout sur Québec et ses banlieues

Comme promis, le Parti conservateur du Québec a évité de trop « s'éparpiller » en concentrant ses efforts dans la Capitale-Nationale et en Chaudière-Appalaches. Éric Duhaime y a fait deux à trois fois plus d’arrêts que les autres chefs.

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« La stratégie est claire : on doit faire élire un premier caucus », explique Thierry Giasson.

Et c’est la région de Québec et de ses banlieues qu’on a identifiée comme présentant le plus grand potentiel de faire élire des députés conservateurs.

Le chef Éric Duhaime est d’ailleurs celui qui a visité le moins de régions et de circonscriptions différentes pendant la campagne. Il a plutôt concentré ses déplacements dans de nombreuses municipalités de la Capitale-Nationale et de Chaudière-Appalaches.

« C’est là qu’il fait essentiellement campagne », confirme le professeur au Département de science politique de l'Université Laval, avec des visites ici et là dans le Centre-du-Québec, en Estrie et en Mauricie, où le chef conservateur, revigoré par des sondages favorables, espère maintenant élargir sa base.

« On reste à Québec, mais on rayonne autour. C'est l'approche des grappes géographiques. On essaie, de là où on est très fort, de conquérir des territoires mitoyens. »

— Thierry Giasson, professeur au Département de science politique, Université Laval

D’autant plus qu’Éric Duhaime, qui tente de se faire élire dans Bellechasse, visitée à sept occasions, a joui, selon lui, d’une bonne couverture médiatique à l’échelle nationale, même s’il a fait campagne essentiellement aux mêmes endroits.

D’après nos données, la caravane d’Éric Duhaime ne s’est, par exemple, jamais rendue en Abitibi-Témiscamingue, au Bas-Saint-Laurent, au Saguenay–Lac-Saint-Jean ou en Outaouais.

Des régions perdantes

Toutes les régions administratives du Québec ont reçu la visite d’au moins un chef pendant la campagne électorale, mais seules sept d’entre elles ont vu défiler les cinq chefs.

À l’autre extrême, la Côte-Nord et la Gaspésie n’auront accueilli que le chef péquiste à quelques jours du vote, à la grande surprise de Thierry Giasson.

« Les parlementaires ont modifié la carte électorale pour garder Bonaventure, qui devait disparaître, rappelle le professeur à l’Université Laval. Je pense qu’il aurait été important pour les chefs d’aller voir les électeurs et de leur dire que leur vote compte. »

Il affirme cependant comprendre le calcul effectué par les partis.

« Quand on fait campagne dans la région de Québec, on peut toucher plusieurs circonscriptions dans la même journée, explique-t-il. Mais quand on est en Gaspésie, dans le Nord-du-Québec, en Abitibi, on est dans la même circonscription pendant de très grandes distances. Le coût sur investissement est moins intéressant pour une campagne. »

« Les tournées sont pensées dans l’optique où les chefs doivent être à un endroit où leur présence peut faire une différence et où leurs annonces s’insèrent dans les attentes des électeurs qu'on y convoite. »

— Thierry Giasson, professeur au Département de science politique, Université Laval

« D’un point de vue d'organisation, ça s'explique, reprend-il, mais, d’un point de vue de démocratie, de rencontre des citoyens, de signal envoyé, ce n’est peut-être pas judicieux, sachant à quel point ils se sont battus pour dire que ces circonscriptions sont importantes. »

En tout, presque une trentaine de circonscriptions n’ont pas retenu l’attention des chefs, notamment celles situées dans les régions qu’ils ont le moins visitées, dont Lanaudière et Laval, mais surtout plusieurs qui sont situées sur l'île de Montréal.

Une réalité que Thierry Giasson explique par la force du Parti libéral dans la métropole. « Un endroit perdu d’avance [pour les autres partis] et un endroit où on gagne avec des marges énormes [pour le PLQ] n’incitent pas à y investir beaucoup de ressources », convient-il.

Les chefs ont encore 48 heures pour parcourir le Québec à la rencontre des électeurs et les convaincre de voter pour leur parti lundi. Des arrêts sont notamment prévus en Mauricie, en Montérégie et, à nouveau, dans la Capitale-Nationale.

Méthodologie

Radio-Canada a consigné les déplacements des chefs jour après jour entre le déclenchement des élections, le 27 août, et le 2 octobre. La campagne électorale ayant été déclenchée un jeudi, les semaines vont du jeudi au mercredi; la semaine 6 est donc incomplète.

Les municipalités visitées ont été compilées à partir des agendas et itinéraires officiels communiqués quotidiennement par chacun des partis. C’est le cas aussi des circonscriptions, lorsque celles-ci étaient spécifiées. Autrement, nous avons utilisé les adresses et les codes postaux mentionnés pour les identifier. Chaque municipalité a aussi été associée à sa région administrative.

Les événements comptabilisés comprennent des visites, des rencontres avec les citoyens et des points de presse, mais excluent les entrevues médiatiques et les débats. Les arrêts sont répertoriés par ville, par circonscription et par région administrative. Ainsi, deux événements tenus la même journée à Montréal, mais dans deux circonscriptions différentes, compte pour deux arrêts dans cette ville et cette région. Une visite et un point de presse tenu au même endroit équivalent toutefois à un seul événement cette journée-là.

Les longitudes et latitudes associées aux déplacements sur la carte ont été obtenues à partir des codes postaux associés à chaque événement. Elles peuvent ainsi ne pas indiquer avec précision le lieu où il s’est tenu. Les déplacements se font « à vol d’oiseau » et ne correspondent pas aux chemins réels empruntés par les caravanes.

Nous avons choisi cinq partis politiques qui représentent la diversité d'opinion et qui alimentent actuellement le débat public à l’échelle de la province : la Coalition avenir Québec, le Parti libéral du Québec, Québec solidaire, le Parti québécois et le Parti conservateur du Québec. L’ordre d’affichage des déplacements a ensuite été déterminé en fonction du nombre de députés à la dissolution de l’Assemblée nationale.

À noter que les activités de Christine Fréchette à titre de première ministre n’ont pas été comptabilisées. Pour ce qui est de Québec solidaire, seuls les arrêts de Ruba Ghazal ont été considérés pour notre analyse.

Daniel Blanchette Pelletier journaliste de données, Philippe Chevalier chef de pupitre, Francis Lamontagne designer, André Guimaraes développeur et Danielle Jazzar réviseure linguistique

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