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Sunday, November 1, 2026

La solution pour vider les urgences se trouve dans votre assiette

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Je croyais que ma mère était la plus grande admiratrice de Ricardo, jusqu’à ce que je rencontre le gastroentérologue Michaël Bensoussan. Pas un mot sur ses émissions de télé et son fameux pain aux bananes. Il a plutôt encensé son message qui aurait le pouvoir de vider nos urgences. Rien que ça !

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L’effet d’une meilleure alimentation réduirait aussi la pression sur les hébergements publics. Des aînés en meilleure santé, ça veut dire « moins d’AVC, moins d’alzheimer, moins de maladies cardiovasculaires, moins de cancers, moins de dépendance, moins d’arthrose. Donc des places vont se libérer en CHSLD aussi ».

Depuis des décennies, on tente sans succès de réduire les temps d’attente en injectant davantage d’argent dans le réseau. On a mis « plus de budget, plus d’infrastructures, plus de matériel, plus d’infirmières, plus de médecins, plus de salaire », énumère le Dr Bensoussan. Trouvez-vous que les temps d’attente diminuent radicalement ?

Au lieu de mettre l’accent sur l’offre, on pourrait plutôt chercher à réduire la demande. Curieusement, cette idée pleine de bon sens n’a jamais été la grande priorité du ministère de la Santé.

« Quand j’ai entendu pendant la campagne électorale PSPP parler de s’attaquer à ce problème-là, j’étais surpris parce que c’était le premier politicien québécois que j’entendais parler de ça depuis que je suis arrivé au Québec, il y a 15 ans. »

À quelques jours des élections, Paul St-Pierre Plamondon a annoncé une série de mesures pour « protéger la qualité de l’assiette et améliorer la santé générale des Québécois ». Le Parti québécois ambitionne entre autres de mettre sur pied une Chaire de recherche universitaire en politique bioalimentaire, de bonifier l’éducation à la saine nutrition dans les écoles et de multiplier le nombre de marchés publics.

Michaël Bensoussan est impatient (comme moi) de voir si cette annonce se transformera en actions.

Moi, si j’étais ministre de la Santé, c’est possiblement une des premières choses auxquelles je m’attaquerais. Ce serait mon discours absolument prioritaire.

Michaël Bensoussan, gastroentérologue

Au Canada, la consommation de boissons et d’aliments ultratransformés est très élevée. Elle représente 43,4 % de l’apport énergétique quotidien total des adultes, selon la Fondation des maladies du cœur et de l’AVC du Canada.

En réduisant cette proportion de moitié, elle soutient que nous pourrions voir une diminution annuelle de 45 914 nouveaux cas de maladies cardiovasculaires. Ce n’est qu’un des effets.

PHOTO JOSIE DESMARAIS, LA PRESSE

Le docteur Michaël Bensoussan, gastroentérologue à l’hôpital Charles-Le Moyne

À l’hôpital Charles-Le Moyne où il pratique, le gastroentérologue constate une hausse « presque exponentielle » du nombre de cancers et de maladies inflammatoires de l’intestin. Non seulement ces maladies gagnent du terrain, mais elles frappent aussi des personnes de plus en plus jeunes.

Le Canada est même l’endroit sur Terre où la prévalence de colites ulcéreuses est la plus élevée. Pour la maladie de Crohn, notre pays affiche l’un des taux les plus élevés.

« Certains de mes collègues parlent d’épidémie de cancer chez les moins de 50 ans et les moins de 40 ans. Parmi ces cancers-là, les plus concernés sont les cancers digestifs, cancer du pancréas, de l’œsophage, de l’estomac, mais le plus du plus, c’est le cancer colorectal. »

La multiplication des cancers du côlon est un phénomène observé uniquement au Canada, aux États-Unis et dans les pays européens. Il y aurait donc quelque chose, dans le mode de vie des pays riches, qui rend la population malade. Au banc des accusés : pollution, microplastiques, alimentation.

La bouffe, dans le cancer colorectal en tout cas, c’est vraiment le suspect numéro un.

Michaël Bensoussan, gastroentérologue

D’où la nécessité de comprendre que lorsque notre alimentation est « dégueulasse, notre microbiote devient déséquilibré. On appelle ça la dysbiose, et la dysbiose provoquerait des cancers du côlon. On est proche de démontrer cette causalité ». Ça semble évident, mais ce n’est pas si facile à démontrer scientifiquement.

Ce que l’on mange et boit a même changé du tout au tout le profil des personnes atteintes de cirrhose du foie !

« Quand j’ai commencé ma médecine, c’était quasiment exclusivement des gens qui avaient des dépendances à l’alcool. Maintenant, l’immense majorité des cas, c’est des gens âgés qui ont du diabète et du surpoids. C’est pour ça qu’on appelle ça la maladie de la liqueur, parce que ce sont des boomers qui ont commencé à boire du Canada Dry, du Sprite et du Coca, ces affreuses boissons qui contiennent 500 calories par verre. »

De nos jours, 75 % des cirrhoses ne sont pas provoquées par l’alcool. Au début de la carrière du Dr Bensoussan, c’était l’inverse. « C’est un vrai problème de santé publique. Ça donne des patients âgés de 70 ou 80 ans qui sont vraiment très, très maganés, très dépendants et qui coûtent une fortune à la société à maintenir en santé. »

De fait, le système n’est pas seulement engorgé, ce qui nous force à attendre ou à recourir au privé, mais il nous coûte aussi une fortune.

Nos impôts gonflés par notre alimentation

On n’a peut-être pas envie de se le faire dire aussi directement, mais nos repas trop gras, trop salés, trop sucrés et trop caloriques se transforment en facture astronomique pour l’État.

Et l’État, bien sûr, c’est nous.

Les 69 milliards consacrés à la santé et aux services sociaux représentent 43 % du budget du Québec.

Le Dr Michaël Bensoussan le dit sans aucun mépris : « On n’arrive plus à maintenir le système de santé à flot parce que les gens vivent de plus en plus vieux, mais sans être en santé. »

Ce qu’il constate, c’est que pour avoir une vie acceptable, des personnes âgées « coûtent des dizaines de milliers de dollars en médicaments, en équipement ou en institution parce qu’elles n’ont pas été dignement maintenues en santé le reste de leur vie. Et ça, ça passe principalement par l’alimentation ».

Voilà pourquoi il est primordial, plaide-t-il, que le gouvernement réfléchisse bien aux coûts engendrés par le manque de politiques favorisant une saine alimentation. Et qu’il fasse preuve de courage politique face aux grandes entreprises de transformation alimentaire qui emploient beaucoup de monde.

Fort bien, monsieur le médecin. Mais qui a le goût de se sentir coupable de manger des aliments ultratransformés ? Le gastroentérologue reconnaît qu’il est délicat pour lui de parler d’alimentation aux patients, parce qu’il travaille dans un milieu qui l’amène à soigner des personnes défavorisées. Depuis l’explosion du prix des aliments, certaines n’ont pas les moyens de bien manger.

J’ai tout à fait conscience qu’on vit dans un pays où bien manger, ça coûte deux ou trois fois plus cher que de manger de la nourriture industrielle.

Le docteur Michaël Bensoussan, gastroentérologue

L’exemple du pain est particulièrement parlant. Une baguette au levain (donc plus facile à digérer) à quatre ingrédients – farine, eau, sel, levain – coûte environ 4 $ en boulangerie. Dans certains supermarchés, il est possible de se procurer une baguette industrielle – avec farine de blé prégélatinisée, xylanase, glucose-oxydase, lipase, alpha-amylase – pour moins de 1 $. Et regardez combien coûte un Kraft Dinner…

Voilà précisément pourquoi le politique doit agir pour réduire les écarts de prix entre les aliments sains et ceux qui contiennent trop d’additifs aux noms imprononçables.

« Le gouvernement pourrait favoriser les circuits courts, les agriculteurs qui font du bio, les petits producteurs, les petits commerces et les marchés publics, énumère le médecin. Comme ça se fait en Europe, on peut jouer avec les prix en rehaussant les taxes sur les produits qui ne sont pas bons pour la santé. »

PHOTO ALAIN ROBERGE, ARCHIVES LA PRESSE

Depuis le 1er janvier, une loupe nutritionnelle a été posée sur l’emballage des produits ayant une forte teneur en sodium, en sucre et gras.

La loupe de Santé Canada, qui apparaît sur les emballages depuis près d’un an, est un pas dans la bonne direction pour aider les consommateurs à prendre de bonnes décisions. Mais notre pays demeure en retard sur l’Union européenne à d’autres égards. En 2022, environ 450 additifs alimentaires étaient approuvés par Santé Canada alors que seulement 320 l’étaient en Europe, a précisé le Parti québécois lors de son annonce sur la santé.

On soupçonne plusieurs colorants de favoriser l’hyperactivité et le déficit d’attention chez les enfants, et surtout, on ignore comment tous les produits chimiques interagissent.

« On m’a appris quand je faisais mes études de médecine en pharmacologie que s’il y a plus de cinq produits chimiques dans un tube à essai, on ne peut pas savoir ce que ça va donner. »

Pour votre organisme, c’est pareil : quand vous mangez quelque chose qui contient plus de cinq produits chimiques, vous n’avez aucune idée de ce que ça aura comme effet secondaire, ni vous, ni moi, ni TikTok, ni personne.

Le docteur Michaël Bensoussan, gastroentérologue

Le problème, c’est que même si on sait pertinemment que le céleri est meilleur pour notre santé que les chips BBQ, on résiste pas mal moins au sac de chips. Et on n’a pas le goût de se faire dire par l’État de choisir le céleri… même s’il est abordable.

Le Dr Bensoussan est toutefois convaincu que les Québécois peuvent être réceptifs à des messages portant sur l’alimentation et la santé. La preuve : ils écoutent Ricardo !

Grâce à son « intelligence, à sa bienveillance et à sa profondeur », le cuisinier-animateur-entrepreneur est peut-être le Québécois qui fait le plus l’unanimité, constate le médecin spécialiste. L’État doit suivre son exemple pour démontrer les avantages de cuisiner des repas sains, autant pour sa santé que pour désengorger les hôpitaux.

« S’il y avait plus de Ricardo au Québec, tout irait mieux », conclut-il.

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