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Thursday, September 24, 2026

Jadis, les écureuils noirs étaient plus abondants à Montréal

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Les écureuils qui abondent dans la région de Montréal appartiennent à l’espèce des écureuils gris de l’Est (Sciurus carolinensis). Les individus de cette espèce sont principalement gris, mais certains sont dotés d’un pelage noir. Auparavant, les écureuils noirs étaient beaucoup plus nombreux à Montréal que présentement. Mais le déboisement et l’augmentation des températures en milieu urbain ont contribué à leur déclin, contrairement à ce qui s’est passé dans les régions plus fraîches et plus arborées de la rive nord du Saint-Laurent où ils sont plus abondants. Ces constatations qui sont publiées dans le Journal of Animal Ecology découlent en grande partie des observations effectuées par un étudiant en biologie de l’Université McGill.

Durant son baccalauréat en biologie à l’Université McGill, Francis Quang-Hai Dinh a parcouru à vélo Montréal et sa région, « de Terrebonne à Mirabel, de Saint-Bruno à Vaudreuil, en passant par Kahnawake », précise-t-il, pour répertorier les écureuils qui y vivaient. Il a alors constaté que les écureuils au pelage gris prédominaient partout, mais que la proportion de ceux dont la toison était noire était plus élevée dans les secteurs où les températures étaient plus fraîches et le couvert forestier plus abondant : notamment dans les municipalités au nord de la rivière des Mille Îles. Mais aussi sur la rive ouest de Montréal, « où il ne fait pas tant plus froid qu’à Montréal, mais où il y a plus de surfaces boisées », souligne-t-il.

La plus grande abondance d’écureuils noirs dans ces secteurs particuliers s’expliquerait par le fait que leur pelage foncé leur permettrait d’accumuler plus de chaleur et ainsi d’être mieux adaptés à ces environnements plus frais, font valoir les auteurs de l’étude.

Sur l’île de Montréal, Francis Quang-Hai Dinh a néanmoins observé un peu plus d’écureuils noirs dans certains quartiers en particulier : à Pointe-aux-Trembles, dans le West Island et dans la couronne entourant le Mont-Royal.

Quand il s’est rendu sur la rive sud, il n’en a vu aucun ou presque, « probablement parce que c’est très peu boisé et parce qu’on est déjà très loin de la rive nord où ils sont plus abondants et le deviennent encore plus à mesure qu’on se rapproche des Laurentides », fait-il remarquer.

« Les cours d’eau, en l’occurrence le fleuve Saint-Laurent et la rivière des Mille Îles, constituent des barrières naturelles qui font en sorte qu’il est plus difficile pour les écureuils noirs de se propager d’un endroit à l’autre », souligne-t-il. Ce qui veut dire que même s’il existe des environnements qui ont beaucoup d’arbres et qui leur seraient favorables à Laval, sur l’île de Montréal ou sur la rive sud, les écureuils noirs de la rive nord peuvent difficilement traverser ces rivières pour les atteindre.

Cette répartition particulière des écureuils noirs dans la grande région métropolitaine de Montréal qui est observée aujourd’hui — où notamment des écureuils noirs ont disparu de Montréal et ont été remplacés par des gris —, serait-elle le résultat de l’évolution de la population d’écureuils gris de l’Est sous l’effet des modifications de l’environnement et des barrières naturelles ?

« Oui, j’appellerais ça de l’évolution, même si généralement on n’imagine pas l’évolution comme étant un phénomène qu’on peut observer sur une durée aussi courte. Mais le fait qu’on voit un changement dans la fréquence d’un gène [celui responsable de la production de la mélanine] fait en sorte qu’il s’agit d’un phénomène d’évolution », avance le biologiste en évolution génétique.

Tous les écureuils gris de l’Est possèdent le gène MCiR qui est responsable de la production de la mélanine et qui contrôle donc la couleur du pelage. Ce gène présente quelques variantes qui chacune induisent une production plus ou moins grande de ce pigment noir. Les écureuils noirs portent la variante génétique qui en produit le plus, alors que les écureuils gris, celle qui en produit le moins, et il existe une troisième variante qui donne un pelage intermédiaire noir brunâtre, explique-t-il.

Ceux qui possèdent la version qui donne un pelage noir de jais sont les plus avantagés dans les environnements frais et qui sont ombragés en raison d’un couvert forestier dense, tandis que les individus gris sont mieux adaptés aux milieux plus exposés au soleil et à la chaleur.

Il n’existe pas suffisamment de différences génétiques entre ces écureuils aux différentes couleurs de pelage pour les distinguer en sous-espèces, précise le jeune chercheur. « Car il s’agit simplement de différences de couleur de pelage, comme dans l’espèce humaine, où certains ont les cheveux roux, d’autres des cheveux blonds voir des cheveux bruns, et ce, à l’intérieur d’une même population, il s’agit juste d’un trait parmi d’autres », fait remarquer l’étudiant qui est désormais au doctorat à l’Université de l’Illinois aux États-Unis.

En conclusion, Francis Quang-Hai Dinh souligne le fait qu’il a pu ajouter à ses propres observations des données environnementales provenant des différents paliers de gouvernement, ainsi que de sites où des citoyens font part de leurs observations. « Sans l’ensemble de ces données, je n’aurais probablement pas pu mener des analyses aussi poussées », dit-il.

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