Double infanticide | Pas de sortie du pénitencier pour Guy Turcotte

Guy Turcotte devra attendre avant de goûter à quelques heures de liberté. Les commissaires ont refusé mardi de permettre à l’ex-cardiologue de sortir du pénitencier. Malgré ses « progrès significatifs » en détention, l’assassin refuse de reconnaître qu’il a tué ses enfants pour punir leur mère.
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« La Commission ne peut pas faire abstraction de l’exceptionnelle gravité de vos crimes, un double infanticide commis dans un contexte de rupture. Les conséquences vécues par les victimes doivent conserver un poids réel dans notre décision », ont conclu mardi les commissaires Jacqueline Schoefper et Jospeh Lainé de la Commission des libérations conditionnelles du Canada (CLCC).
En février 2009, Guy Turcotte a asséné 46 coups de couteau à ses enfants Olivier, 3 ans, et Anne-Sophie, 5 ans. Condamné à la prison à la vie, il sera admissible à la libération conditionnelle totale en avril 2028. Mardi, il s’adressait à la CLCC pour la première fois dans l’espoir de passer sept heures avec ses parents, sous escorte.
Or, la Commission a préféré faire preuve d’une « prudence particulière ».
Pour la première fois depuis les procès, Guy Turcotte a pris la parole publiquement, sous le regard de son ex-femme, Isabelle Gaston, dont le « courage » a été salué par les commissaires. L’homme de 54 ans affiche maintenant un crâne rasé et un visage plus ciselé.
PHOTO ROBERT SKINNER, ARCHIVES LA PRESSE
L’ex-femme de Guy Turcotte, Isabelle Gaston, en 2018
L’image était forte. Isabelle Gaston, debout, à deux pas de l’assassin de leurs enfants. La tête haute, la mère d’Olivier et Anne-Sophie a livré un témoignage puissant au début de l’audience, décrivant sa souffrance indescriptible et les conséquences de ce drame « épouvantable ».
« On ne se remet pas de l’assassinat de ses enfants », a-t-elle déclaré.
Guy Turcotte semblait bouleversé pendant la prise de parole d’Isabelle Gaston. Il lui était interdit de se retourner pour la regarder.
« Sans ses aveux, tout m’apparaîtra que mascarade. […] Tant que Guy Turcotte ne prendra pas sa pleine responsabilité, qu’il n’aura pas de mots clairs dénués de justification et de stratagème, il m’est impossible de me sentir en sécurité », a-t-elle lancé.
« Il doit se reconnaître le responsable du mal qu’il a fait à Olivier et Anne-Sophie, il doit reconnaître qu’il a tenté de se présenter en victime pour que je crois sincèrement qu’il est sur le chemin de la réhabilitation », a poursuivi Isabelle Gaston.
Il voulait faire souffrir ses enfants « moins longtemps »
Tantôt vulnérable, tantôt cartésien, Guy Turcotte a essentiellement repris les éléments de sa défense de santé mentale livrée aux deux procès. Selon la Commission, il assume maintenant la responsabilité de ses crimes.
En février 2009, Guy Turcotte vit très mal sa séparation récente et la garde partagée des enfants. Il est en « dégringolade » et vit un stress « important ».
« À cette époque, je n’étais pas en contact du tout avec mes émotions. J’avais tendance à refouler. J’avais une très mauvaise capacité d’introspection », analyse-t-il aujourd’hui.
Le soir des meurtres, il est seul avec les enfants, chez lui à Piedmont. Il est dans un état de « tristesse épouvantable ». Quand il lit les courriels entre Isabelle Gaston et son « amant », il tombe en « crise suicidaire ». « Je n’avais plus toute ma tête, je voyais juste ma douleur », décrit-il.
Ayant bu de l’éthanol, il se sent « déjà mort ». Dans sa tête, le point de « non-retour » est déjà atteint. Tout le reste n’existe pas, explique-t-il. Il réalise alors que ses enfants vont le retrouver mort. Il faut qu’ils « viennent » avec lui dans la mort, se dit-il. « C’est comme ça que je commets les meurtres », a-t-il témoigné.
« Je n’étais pas dans un état mental normal, je ne réfléchissais pas normalement », a-t-il insisté.
Mais pourquoi avoir asséné autant de coups aux victimes ?, l’a interrogé la commissaire Schoefper.
« C’est clair et net que si j’avais eu toute ma tête, je sais très bien comment faire une seule incision et que ce soit très rapide. […] Je me rappelle très bien d’avoir paniqué en réalisant que j’étais en train de faire mal à mon enfant, et de décider de donner plusieurs autres coups dans l’espoir qu’il souffre moins longtemps et que ça finisse plus rapidement », a-t-il répondu.
C’est la première fois qu’il donne une telle explication.
À un moment, Guy Turcotte a semblé agacé que les commissaires lui demandent s’il avait tué ses enfants pour se venger d’Isabelle Gaston.
« C’est une question qui a été posée au procès, j’ai déjà répondu à ça », a-t-il répliqué.
Il a maintenu que sa motivation « principale » pour tuer ses enfants « n’était pas de faire du tort ».
Son avocat Me Pierre Tabah est même intervenu pour reprocher aux commissaires de « refaire le procès » en reprenant la théorie de la Couronne. L’avocat a souligné que Guy Turcotte avait d’abord été déclaré non criminellement responsable pour cause de trouble mental. Un verdict cassé en appel.
« Il faut reprendre les deux versions, pas seulement celle de la Couronne », a renchéri Me Tabah.
Les dénégations de Guy Turcotte n’ont pas convaincu les commissaires.
« Ce geste visait de façon consciente ou inconsciente à atteindre et à punir leur mère. Le nombre de coups portés en témoigne. Ces derniers éléments ne sont pas encore assumés. La Commission estime que cela demande encore réflexion », a conclu la Commission.
Turcotte a une « amie de cœur » en prison
Guy Turcotte affirme traîner un « boulet » depuis 2009. Il dit regretter « intensément » d’avoir fait souffrir Isabelle Gaston. « Je ne peux même pas m’imaginer l’intensité de sa souffrance. Je ne veux pas avoir cette insolence-là », a-t-il déclaré.
Quand on l’interroge sur sa vision d’une nouvelle relation amoureuse, Guy Turcotte s’illumine.
« Ah ! C’est complètement différent aujourd’hui ! Je comprends c’est quoi l’amour, l’intimité, la communication. Je demande d’être respecté. Je formule mes demandes. C’est complètement différent », a-t-il répondu.
« Il n’y a rien de plus beau que l’amour », a-t-il renchéri.
On apprend ainsi que Guy Turcotte a eu une « amie de cœur » pendant sa détention et qu’il a su « demander de l’aide » lors de sa rupture en 2021.
Au sujet de sa perte de statut professionnel, l’ex-cardiologue se montre ferme. « À partir du moment que j’ai tué mes enfants, je ne mérite plus rien », a-t-il répondu.
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