Belgique: fronde des brasseurs contre le nouveau message de prévention sur l'alcool

En Belgique, le gouvernement s'apprête à mettre en place un arrêté pour remplacer sur les publicités la mention « l'abus d'alcool nuit à la santé » par « l'alcool nuit à la santé ». Cet avertissement sanitaire rejoint les recommandations de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), selon laquelle il n'y a pas de consommation d'alcool présentant zéro risque. Les débats ont été houleux au parlement le 7 octobre, et le projet de loi a provoqué une levée de boucliers des brasseurs qui vont jusqu'à accuser le gouvernement de s'attaquer à un patrimoine culturel national. Ils contre-attaquent via une campagne dans la presse.
De notre correspondant à Bruxelles,
Sur les terrasses bruxelloises, un moment de convivialité autour d'une bière : exactement comme dans la photo de la campagne des brasseurs belges. La fédération accuse le gouvernement de vouloir tuer un secteur qui représente plus de 70 000 personnes. Krishan Maudgal, président de l'association des brasseurs, aurait plutôt voulu célébrer le 10e anniversaire de l'inscription de « la culture de la bière en Belgique » au patrimoine immatériel de l'Unesco. « Ça veut dire qu'il y a donc une stigmatisation totale de tout un secteur. Et il s'agit aussi de la culpabilisation totale de tous les citoyens et citoyennes qui sont capables de consommer avec modération, en toute sagesse. De notre point de vue, il faut surtout se focaliser sur tout ce qui concerne l'abus de l'alcool et protéger les mineurs », explique-t-il.
Direction la ville universitaire de Louvain-la-Neuve. L'alcoologue Martin de Duve y dirige l'association Universanté qui fait de la prévention, de l'accompagnement et de la sensibilisation. Et pour lui, c'est « une tempête dans un verre de bière ». « La démarche des brasseurs est de jeter un écran de fumée sur une mesurette. Changer un petit mot sur des publicités, ça ne va pas changer fondamentalement les comportements. En revanche, ils créent beaucoup de ramdam dans l'idée, probablement, que ça empêche le gouvernement d'envisager des mesures beaucoup plus contraignantes, comme, à terme, l'interdiction totale de la publicité pour l'alcool. Nous ne sommes absolument pas prohibitionnistes. Par contre, on veut interdire tout ce qui pousse à la surconsommation de ce produit, qui est la deuxième cause de mortalité évitable, juste derrière le tabac », ajoute-t-il.
Martin de Duve est l'un des initiateurs de la « tournée minérale » qui a lieu tous les ans. Et il se réjouit des changements de mentalité déjà en cours, puisque plus d'un cinquième des Belges s'abstiennent désormais de boire pendant le mois de février. Le chercheur au FNRS (Fonds national de la recherche scientifique) et en neurosciences Pierre Maurage est professeur à l'université catholique de Louvain. Lui se félicite de cette évolution qui rejoint la vérité scientifique des dangers de l'alcool, car toute consommation est nocive.
« Il y a une survalorisation de l'alcool dans notre société et de tous les événements sociaux positifs. Les fêtes de famille, tous les événements positifs sont associés à une consommation d'alcool. Ce qui change quand même maintenant, c'est qu'on voit que de plus en plus, il y a des alternatives à la consommation de l'alcool. Et on voit que la consommation d'alcool baisse, ce qui explique la panique des brasseurs à la moindre décision politique, même minime, pour tenter de contrer cette survalorisation », analyse-t-il, soulignant les études montrent qu'en dix ans, la part des étudiants qui ne boivent jamais d'alcool a doublé, passant de 10 à 20%. Et tous conseillent aux brasseurs belges de s'investir à fond dans la bière sans alcool.
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