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Saturday, October 10, 2026

Sandrine Zerbib: «Collaborer avec la Chine est le meilleur moyen de progresser» pour les industriels européens

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En dix ans, les Chinois sont passés d'un pays atelier du monde à un pays pionnier de la voiture électrique et autonome. Croyant comprendre les clés de la réussite chinoise, bon nombre d'entrepreneurs ont tenté d'imiter l'industrie chinoise et ont échoué. Qu'il s'agisse de ports, de routes, de ponts ou de voies ferrées, les Chinois excellent dans le secteur du transport mondial. Dans son nouveau livre, l'entrepreneuse Sandrine Zerbib, cheffe d'entreprise en Chine et en Europe, s'attaque aux préjugés dans l'ouvrage Danse avec les dragons (éditions Dunod), qui démontre que les collaborations sont possibles et efficaces.

RFI : Pour connaître le futur du transport, notamment en véhicule électrique, en Europe, faut-il regarder la Chine d'aujourd'hui ?  

Sandrine Zerbib : Effectivement, ces 20 dernières années, la Chine s'est considérablement développée. Le pays a su modifier et conserver une puissance de développement industriel que ni les États-Unis ni l'Europe n'ont su garder.    

Vous êtes l'une des premières à souligner la réussite chinoise qui passe de plus en plus par la dimension culturelle...

C'est particulièrement vrai pour la Chine d'aujourd'hui, qui a compris l'importance des normes et des standards de construction à l'étranger. Et notamment en Europe.   

Vous pensez aux soupçons de contrefaçon ?

Oui, et aussi à tout ce qui s'approche de la qualité des produits et des normes de sécurité ou de protection de l'environnement. C'est un facteur majeur récent, nouveau et qui va contribuer à la réussite chinoise les prochaines années. Dans le domaine du transport comme dans bien d'autres domaines, comme la santé ou l'agroalimentaire.  

C'est la force de la Chine, d'avoir compris que les voitures du futur seront des voitures remplies de technologie ?

Tout à fait, les voitures chinoises sont aujourd'hui ultra performantes, quasi ou complètement autonomes, bien mieux dessinées et aussi vendues moins cher qu'en Europe. Ils ont laissé tomber le thermique lorsqu'ils se sont aperçus qu'ils dépensaient beaucoup trop d'argent. Ils sont passés au niveau supérieur en déplaçant le mode de conception.  

Vous consacrez un chapitre important sur les batteries de véhicules électriques en citant notamment un champion chinois : l'entreprise CATL. 

Parfaitement, le marché de la batterie est le marché invisible de la voiture. Car en fait, le grand public s'intéresse plus à la partie visible d'un véhicule. Les pièces intérieures sont moins mises en valeur. Pourtant, il faut savoir qu'une entreprise comme CATL capte près de 40% des ventes mondiales de batteries électriques. À l'origine, cette entreprise construisait des batteries de consommation générale pour les téléphones ou les baladeurs.

Que pensez-vous de l'hybridation inter-entreprises, ces joint-ventures ou collaborations entre constructeurs de voitures mondiaux ? L'exemple des Français avec Renault...

C'est une démarche très intelligente. Pas forcément de la valeur ajoutée, mais c'est le meilleur moyen de progresser et de réduire les coûts. Ce genre de co-responsabilités se fait beaucoup dans le monde de l'automobile. Aujourd'hui, presque tous les grands constructeurs du monde ont un laboratoire de recherche et développement (R&D) en Chine. 

Pour quel avantage ?

Cela permet par exemple aux Européens de comprendre les modes d'innovation chinois, voire de débuter une innovation technique sur un prototype de véhicule pour ensuite le développer et le commercialiser dans le reste du monde. C'est aussi l'occasion de démarrer avec plus d'agilité en Chine et ensuite de finir la conception en Europe. 

Quid de l'Afrique ? Les pays comme le Kenya ou d'autres en Afrique australe ou de l'Est seraient devenus des pays juste assembleurs de pièces détachées chinoises, qu'en pensez-vous ?  

Que ce n'est pas la réalité. D'abord, c'est inexact de dire que les Africains sont réduits à de simples assembleurs d'accessoires. Ils ont de vrais savoir-faire et une qualité d'ingénieurs. Je pense que les Chinois continuent d'investir surtout dans le but d'avoir des matières premières. Les Européens, souvenez-vous, l'ont fait bien avant eux. D'autre part, la présence chinoise en Afrique est beaucoup plus intéressante que ce que l'on peut en dire aujourd'hui en Europe. 

Vous pensez aux pays africains et au-delà ?

Oui, en Afrique, en Asie ou en Amérique latine, les collaborations existent dans les marchés tiers – en dehors de la Chine ou de l'Europe – et l'on n'y pense pas souvent, mais c'est souvent plus facile de faire du commerce et de construire des usines avec ces pays qui apportent leur différence, donc qui deviennent complémentaires.

Danse avec les dragons de Sandrine Zerbib et Aldo Spaanjaars, aux éditions Dunod, 240 pages, 26 euros.

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