Ils l’ont fait | Un chant d’espoir pour une espèce menacée

À Longueuil, en bordure du boisé du Tremblay, on a entendu de nouveau le chant de la rainette faux-grillon au printemps dernier. Une vingtaine d’étangs ont été aménagés pour cette espèce menacée de disparition. Le succès de l’opération a surpris même ses idéateurs.
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Depuis les années 1950, la rainette faux-grillon a perdu 90 % de son habitat au profit de l’urbanisation et des activités agricoles au Québec. Ce petit amphibien mesurant moins de 3 cm est aujourd’hui au bord de l’extinction. Selon le ministère de l’Environnement, la moitié des populations de l’espèce ont déjà disparu. Les chances de survie des populations restantes seraient compromises.
À Longueuil, dans l’arrondissement de Saint-Hubert, une vingtaine d’étangs ont été aménagés l’hiver dernier grâce à une initiative de l’organisme Ciel et Terre. Son directeur de la conservation, Tommy Montpetit, et le biologiste Jacques Duquette ont piloté le projet.
Les résultats ont surpris les deux hommes. « On se disait que les nouveaux étangs allaient sûrement être colonisés par la rainette, mais jamais aussi rapidement », confie Tommy Montpetit.
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Tommy Montpetit, directeur de la conservation de l’organisme Ciel et Terre
Au printemps dernier, ils ont entendu chanter des rainettes dans ce secteur, au moment de la période de reproduction de l’espèce. Pour attirer les femelles, les mâles gonflent leur sac vocal, ce qui produit un cri strident distinctif.
Le chant de la rainette ressemble alors à celui que ferait un doigt passant sur un peigne en plastique. « Crrrriiik, Crrrriiik, Crrrriiik… » Malgré sa taille minuscule, le chant du mâle s’entend à des centaines de mètres de distance, surtout si plusieurs individus chantent en même temps.
Le 12 avril dernier, ça chantait fort dans les nouveaux étangs dont l’aménagement avait été complété quelques semaines plus tôt, ont pu constater les deux hommes.
Ces étangs n’ont pas fait apparaître la rainette faux-grillon par magie, souligne néanmoins Jacques Duquette. « On savait qu’il y en avait à proximité, elles ont tout simplement suivi une branche du ruisseau Massé [à proximité] pour atteindre les nouveaux étangs. »
C’est d’ailleurs la première leçon qu’il faut retenir, estiment les deux experts. Il ne servirait à rien d’aménager des étangs si l’espèce n’a jamais été signalée dans le secteur visé. C’est d’autant plus vrai pour la rainette faux-grillon, qui parcourt tout au plus quelques centaines de mètres durant son existence.
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Jacques Duquette, biologiste
Écosystème adapté
Les étangs ont été aménagés sur un terrain appartenant à la Ville de Longueuil, qui bénéficie d’une servitude de conservation à perpétuité. Le projet a été réalisé avec un budget de 237 500 $, financé par Environnement Canada et un don privé.
Ces aménagements ne sont pas de simples trous creusés dans le sol, mais un écosystème adapté à une espèce aux besoins bien particuliers. La rainette faux-grillon se reproduit au printemps dans des étangs temporaires qui vont lentement s’assécher au cours de l’été.
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La rainette faux-grillon se reproduit dans des étangs temporaires qui s’assèchent au cours de l’été.
La clé, c’est la profondeur, précise Jacques Duquette. Il faut qu’il y ait juste assez d’eau pour qu’elle se réchauffe rapidement en avril, au moment de la période de reproduction. Si l’étang est trop profond, il sera encore gelé et, surtout, il accueillera aussi des prédateurs de la rainette, ajoute Tommy Montpetit.
Bref, comme tant d’autres espèces, le minuscule amphibien a ainsi mis au point une stratégie lui permettant d’assurer sa survie, en principe du moins. Mais la destruction de son habitat au fil des décennies a conduit l’espèce au bord de l’extinction.
Pour assurer le rétablissement de la rainette faux-grillon, il faut donc mieux protéger les rares habitats qui restent et en créer de nouveaux, quand c’est possible. Mais la prudence est de mise avant de tirer des conclusions.
« C’est un coup de circuit, mais la partie est loin d’être gagnée », confie Tommy Montpetit. Il faudra attendre une dizaine d’années avant de conclure au succès de ces nouveaux aménagements. « Ça peut être [un succès] fortuit et aléatoire. Ça ne se reproduira peut-être pas l’an prochain », précise Jacques Duquette.
Deuxième phase
Un suivi sera nécessaire pour apporter certains correctifs : il faudra notamment revoir le niveau de l’eau dans certains étangs pour s’assurer qu’ils soient toujours propices à la rainette.
Une deuxième phase est aussi au programme : d’autres étangs pourraient être aménagés dans le même secteur. Une évaluation est en cours.
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« La biodiversité s’est réinstallée », s’enthousiasme Tommy Montpetit au sujet des étangs.
L’initiative a également suscité beaucoup de curiosité, affirme Tommy Montpetit. « Pas mal de monde est venu voir ça. Il y a eu plusieurs organismes de conservation qui ont posé des questions. »
« C’était un champ où il ne se passait pas grand-chose, rappelle Tommy Montpetit. On y voyait surtout des cerfs de Virginie. Mais la biodiversité s’est réinstallée. Ça a poussé, c’est incroyable ! Il y a des papillons, des insectes. Plusieurs espèces d’oiseaux sont de retour, dont des rapaces. Il faudra voir à quoi ça va ressembler dans cinq ou dix ans… »
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