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Sunday, September 13, 2026

Interdiction des produits issus de colonies israéliennes : pourquoi l’Union européenne peine à parler d’une seule voix ?

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Ce mercredi, douze pays ont annoncé vouloir "imposer des sanctions au commerce de biens avec des colonies illégales" d’Israël en Cisjordanie pour protester contre les violences commises par les colons contre les Palestiniens et l’expansion des colonies.

Dans un communiqué conjoint les ministres des affaires étrangères de la France, du Royaume-Uni, du Danemark, de l’Espagne, de la Finlande, de l’Irlande, de l’Islande, de la Norvège, de la Pologne, du Portugal, de la Suède et du Canada insistent sur "la nécessité de prendre des mesures pour empêcher que la situation se détériore davantage" et "que la solution à deux États doit être protégée". 

Concrètement, ces pays confirment leur intention d’imposer, au niveau national, des restrictions au commerce de biens issus des colonies israéliennes en Cisjordanie, jugées illégales au regard du droit international, et à soutenir des restrictions européennes en ce sens. Car là est toute la différence avec une décision collégiale européenne, les pays signataires de cette déclaration en sont ici réduits à leurs outils nationaux, avec toutes les limites que cela comprend au sein du marché européen et mondial.

Même diagnostic, pas la même réponse

Si les États membres de l’Union européenne sont d’accord sur le diagnostic – une condamnation de l’extension des colonies israéliennes en Cisjordanie - ils ne sont pas d’accord sur la réponse à apporter.

Cela fait plusieurs mois déjà que la France et la Suède défendent l’idée de restreindre au niveau européen les importations des colonies en Cisjordanie. Pour ces pays, il s’agit d’une décision commerciale, qui pourrait être prise à la majorité qualifiée.

Mais plusieurs États dont l’Allemagne, la République tchèque et la Hongrie considèrent qu’une telle mesure consisterait surtout à sanctionner Israël. Et dans ce cas, pour les sanctions, la majorité ne suffit plus. On passe alors à une décision qui nécessite l’unanimité. En clair : un seul État peut bloquer tout le monde.

Il y a un an, la Commission européenne avait proposé de suspendre partiellement certains éléments de l’accord d’association entre l’Union européenne et Israël. Une proposition motivée par la violation de la clause du respect des droits humains clairement documentée par la Commission, mais les États membres n’ont jamais réussi à s’entendre sur cette mesure.

Il faut dire que chaque État membre agit avec des sensibilités et des histoires différentes. L’Allemagne par exemple reste profondément marquée par sa responsabilité historique envers les Juifs et l’État d’Israël. Le gouvernement allemand a donc beau critiquer la colonisation, pas question pour autant de transformer cette condamnation en sanction contre l’État hébreu.

Une portée surtout symbolique

Face à cette paralysie européenne, les États membres tentent donc parfois d’aller plus loin entre eux. On l’a vu récemment dans le cadre du soutien militaire à l’Ukraine avec la "coalition des volontaires", mais aussi en 1985 lors de la création de l’espace Schengen permettant la libre circulation des personnes et qui dépasse aujourd’hui les frontières de l’Union européenne.

Le mouvement autour des colonies israéliennes relève aujourd’hui de la même logique politique : commencer en comité réduit quitte à s’agrandir par la suite. L’idée n’est pas de créer une nouvelle politique européenne parallèle, mais de prendre des mesures nationales dans un domaine qui relève largement de la compétence européenne.

Le problème réside néanmoins dans l’efficacité de ces mesures. Si la France ou l’Espagne décident d’interdire l’importation de produits issus des colonies, cela ne crée pas une interdiction européenne. Ces produits pourraient donc entrer dans l’Union par un autre État membre et se retrouver sur les étals des supermarchés français ou espagnols. C’est la limite de ces mesures nationales : elles peuvent être politiquement fortes sans être commercialement étanches.

Et la Belgique ?

L’absence de la Belgique dans cette liste de douze pays peut paraître surprenante, alors que le Conseil des ministres a justement acté le 18 juillet dernier l’interdiction de l’importation de produits issus des colonies israéliennes. Mais, comme l’explique le ministre des Affaires Étrangères Maxime Prévot (Les Engagés), c’est précisément pour cela que la Belgique ne s’y retrouve pas. "Cette annonce est essentiellement focalisée sur les pays qui jusqu’ici n’avaient pas pris d’importban et qui l’annoncent désormais. Nous avons déjà pris pareille décision en juillet dernier. Donc ce n’était pas une annonce nouvelle pour notre pays", réagit-il.

L’action de la Belgique - à l’instar de celle de l’Irlande, l’Espagne, les Pays-Bas et la Norvège - est d’ailleurs soulignée dans le communiqué des douze pays.

En ce qui concerne l’autre volet abordé dans la déclaration, à savoir la condamnation du projet de colonisation E1, le cabinet Prévot rappelle que la Belgique s’est déjà jointe à une déclaration sur le sujet, le 20 août dernier. "Nous exhortons le gouvernement d'Israël à mettre fin à l'expansion de ses colonies en Cisjordanie. Cela nous éloigne davantage de notre engagement envers une paix globale, juste et durable pour les Israéliens et les Palestiniens fondée sur la solution à deux États", déclare Maxime Prévot.

Pour ce qui est de la procédure du texte belge, l’arrêté royal adopté par le Conseil des ministres du 18 juillet 2026 vient de passer devant le Conseil d’État pour avis législatif. Il doit à présent être soumis en deuxième lecture au Conseil des ministres avant son approbation définitive. Dans le même temps, les autorités belges appellent elles aussi à une réponse européenne coordonnée.

Les explications d’Olivier Hanrion dans le Carrefour sur la Première :

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